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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 08:14
LA TRAGEDIE CENTRAFRICAINE EST UNE PROFONDE BLESSURE DE L'AFRIQUE

La République centrafricaine est aussi appelée "La Centrafrique". Ce pays recouvre le territoire que les colons français appelaient l’Oubangui-Chari et a fait partie de l'Afrique équatoriale française (AEF) de 1910 à 1960. C’est un pays d’environ 4,500 millions d’habitants, répartis sur un territoire d’une superficie d'environ 627.000 km². Il est entouré par le Cameroun à l'ouest, le Tchad au nord, le Soudan au nord-est, le Soudan du Sud à l'est, la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Congo au sud. Après l’accession à l'indépendance en 1960, la Centrafrique a connu différents régimes autoritaires à sa tête, en commençant par celui d’un capitaine de l’armée française Jean-Bédel Bokassa, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, le 31 décembre 1965. Il s’autoproclame maréchal-président, puis président à vie, puis empereur de Centrafrique en 1976, avec la complaisance du président Valéry Giscard d’Estaing. Mais en septembre 1979, un soulèvement populaire, accompagné par l’opération « Barracuda » menée par l’armée française, pousse Jean-Bedel Bokassa à l’exil et à son installation en France ; celle-ci n’avait pas apprécié son rapprochement avec le colonel Muhammar Khadafi, président de la Libye, menant une politique de déstabilisation de son pré-carré au Tchad. Bokassa avait arraché le pouvoir à son cousin David Dacko qui avait dirigé ce spacieux pays après l’indépendance à la suite du père de l’indépendance Barthélémy Boganda, décédé dans des conditions non encore élucidées en 1959.

Le pays devient la « République centrafricaine » le 1er décembre 1958 et proclame son indépendance le 13 août 1960 en adoptant le sango comme langue nationale d’unification du pays, à côté du français adopté comme langue officielle. Le premier chef de l'État, Barthélemy Boganda, est ainsi considéré comme le père de la nation centrafricaine. Auparavant Parlementaire à Paris, il demande le maintien de tous les droits français au peuple d'Afrique équatoriale française. Il prône également depuis longtemps l’indépendance des colonies en leur proposant la création d'un État d’Afrique centrale unique, regroupant Gabon, Congo, Cameroun et République centrafricaine. La France, qui se débat avec le problème algérien, n’est pas de cet avis à cette époque des indépendances car trop de grandes puissances en Afrique entameraient sa puissance. La multiplication des micro-Etats est une stratégie de domination pour garder la main sur ses anciennes colonies. Pourtant, déjà visionnaire, Barthélémy Boganda considère cette union comme la seule solution permettant d'éviter l'éclatement de la région en territoires trop petits, non viables, et sans rôle à jouer sur la scène internationale. Opportunément pour la France, il meurt le 29 mars 1959, peu après son élection. C’est David Dacko qui lui succède à la présidence d’un Etat quasi vide, mais qui reste sous contrôle et soutien administratifs de la France, jusqu’à son renversement par Bokassa.

  1. Les crises centrafricaines sont très anciennes

La mort du visionnaire Barthélémy Boganda signe la première crise d’un Etat à peine né. En divergence de stratégie avec la métropole (constitution d’un seul pays en Afrique équatoriale française, transferts de droits français aux africains après l’indépendance), le premier dirigeant centrafricain perd la vie avant l’indépendance. David Dacko est docile, coopératif avec la France, sans envergure de contestataire. Il est appelé à coopérer avec l’ancien capitaine de l’armée française, Jean—Bedel Bokassa, promu colonel par la France pour créer et encadrer une armée d’un nouvel Etat centrafricain. Mais le 31 décembre 1965, le général Bokassa s’empare lui-même du pouvoir et se constitue en dictateur jusqu’à s’autoproclamer « Empereur de Centrafrique » en 1976 et veut s’émanciper de la France. Et en septembre 1979, la France sonne la fin de la partie et le jeu est terminé pour Jean-Bedel Bokassa. Après son départ, David Dacko est reconduit à nouveau par la France à la tête pays jusqu’au 1er septembre 1981, avant d’en être chassé par le coup d’Etat du général André Kolingba, qui s’installe confortablement dans le fauteuil du pouvoir à Bangui jusqu’aux premières élections multipartites en 1993. Ces élections ferment temporairement la parenthèse des aventures militaires sur dix ans, avec l’élection d’un civil Ange-Félix Patassé à la présidence. Mais le 15 mars 2003, après quelques tentatives ratées, notamment en 2001, le général François Bozizé parvient à s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat arrangé entre le Tchad et la France.

Cependant, cette accession à la présidence de François Bozizé est violemment contestée par les Centrafricains qui venaient de respirer l’air de la démocratie et une première guerre civile impliquant plusieurs rébellions est lancée. Elle ravage plusieurs régions du pays entre 2004 et 2007. Un accord de paix est négocié à la hâte proposant notamment un programme DDR et les financements internationaux pour la reconstruction du pays. Mais les rebelles dénoncent le non-respect de ces accords par le président Bozizé et son entourage ; ils reprennent les armes au début de décembre 2012. Ils lancent ainsi la deuxième guerre civile de Centrafrique sous le même président François Bozizé. Pourtant, des simulacres d’élections l’avaient reconduit en 2005 et en 2010. Mais l’accord de paix n’avait rien arrangé et la situation sécuritaire du pays avait commencé à se dégrader dès le constat d’échec du programme DDR (Démobilisation-Désarmement-Réintégration) en 2007-2008. Les financements alloués à cet effet ont disparu dans les coffres des dignitaires du pouvoir. La pauvreté s’est littéralement commuée en misère absolue à travers tout le pays. L’Etat s’est décomposé, l’armée professionnelle a progressivement disparu au profit d’une armée politico-militarisée (armée plus de miliciens militants pour le pouvoir que de militaires, une situation chronique connue depuis l'arrivée au pouvoir par Ange-Félix Patassé en 1993) occupée par des troupes claniques, régionalisées et politisées proches du président Bozizé, sa famille et ses proches, comme cela s'était produit tout au long de la présidence de Angle-Félix Patassé (1993-2003). L’administration s’est décomposée, les institutions de la nation centrafricaine se sont affaissées, l’armée s’est affaiblie et l’insécurité s’est accrue.

C’est dans ce contexte que de nouvelles troupes, sous l’appellation « Séléka », composées de groupes hétéroclites de Centrafricains, de Tchadiens et de Soudanais, mélangeant des Islamistes fondamentalistes radicaux et des Musulmans modérés mais tous attirés par les gains financiers pour l’essentiel, ont fait mouvement en début décembre 2012 pour prendre le pouvoir à Bangui. L’ « armée fantôme de la Centrafrique » des FACA, formée des proches ethniques et régionalistes du pouvoir de Bozizé pour partager les maigres ressources du pays, est rapidement défaite et vaincue sans avoir véritablement engagé les combats. Le 24 mars 2013, un homme encore inconnu Djotodia, musulman mais communément se prénommant Michel, s’autoproclame « président de Centrafrique » avec ces troupes à majorité musulmanes et étrangères. Mais de nombreuses exactions commises par les miliciens de la Séléka, au cours de leur avancée du nord – nord-est de Centrafrique vers la capitale Bangui en plein sud du pays, intensifient et généralisent l'insécurité dans toute la Centrafrique. C’est ainsi que des milices chrétiennes d'auto-défense, les anti-balaka se forment pour pallier à l’impuissance criante du nouveau pouvoir à instaurer la sécurité. Pire encore, des éléments extrémistes au sein du pouvoir, proches de Michel Djotodia, alimentent et entretiennent les massacres dans le pays. La dissolution des milices séléka ne fait qu’amplifier la tragédie et les malheurs. Le conflit débouche sur une situation qualifiée de « pré-génocidaire » selon la France, les États-Unis, l’ONU et de nombreuses organisations humanitaires internationales sur le terrain. Les crises sécuritaire, sanitaire, alimentaire, médicale et politique se superposent dans un pays déjà à terre. En septembre 2013, le pays ne compte que sept chirurgiens alors que la seule capitale Bangui possède plusieurs hôpitaux dont l’hôpital de l'Amitié et l’hôpital communautaire. La plupart des centres de santé sont fermés, en raison de l’insécurité généralisée, et 60% des écoles sont également fermées. La Centrafrique, déjà dotée d’un Etat et des institutions déliquescents, n’a même plus d’Etat, plus d’administration, plus de justice, plus d’institutions, plus d’armée… plus rien. C’est une véritable coquille vide du point de vue de l’exercice du pouvoir. Des populations fuient en masse par centaines de milliers vers les camps de déplacés sous protection des Humanitaires, vers Bangui pour échapper aux massacres dans les villages éloignés ou par dizaines de milliers vers les pays voisins au Cameroun à l’ouest et en République démocratique du Congo au sud. La France parvient à obtenir la résolution des Nations-Unies autorisant l’usage de la force pour ramener la sécurité dans le pays, protéger les populations civiles prises entre les feux croisés des miliciens séléka et des anti-balaka, et désarmer les belligérants.

Aussi, le 5 décembre 2013, cette résolution de l'ONU permet à la France d'envoyer des troupes armées en République centrafricaine sous le code opération « Sangaris ». Mais le pouvoir inexistant du tandem Michel Djotodia (président) et Nicolas Tiangaye (Premier ministre) continue d’alimenter les massacres à grande échelle malgré la présence des troupes françaises de Sangaris et africaines de la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique). Des protestations de la « communauté internationale » et des Centrafricains poussent le président autoproclamé de transition Michel Djotodia et son premier ministre Nicolas Tiangaye à la démission forcée le 10 janvier 2014, lors d'un sommet extraordinaire des Chefs d’Etat de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC). Le Conseil national de transition, pourtant lui aussi installé auparavant par le tandem Michel Djotodia-Nicolas Tiangaye, est sommé de trouver une nouvelle équipe de transition. Ainsi, le 20 janvier 2014, ce Conseil national de transition élit Catherine Samba-Panza comme chef de l'État de transition de la Centrafrique. Cette transition est destinée à ouvrir les élections générales libres, transparentes et multipartites dans un délai d’un an au plus tard.

2- La position géostratégique de la Centrafrique

La situation géographique de Centrafrique en fait un maillon faible au cœur du continent africain mais au carrefour des territoires à dominante musulmane au nord (par le Tchad) et au nord-est (par le Soudan), et des terres chrétiennes au sud (République démocratique du Congo et République du Congo). Au sud-est, les territoires ont été colonisés par la LRA (Lord Resistance Army, une rébellion venue de l’Ouganda), alors que le sud a été longtemps un terrain de repli militaire des combattants et des multiples rébellions sévissant en République démocratique du Congo. Tous ces mouvements rebelles ont toujours prospéré en Centrafrique, compliquant le contrôle de cet énorme territoire plus vaste que la France (environ 627.000 km²) et provoquant des guerres civiles et des rébellions à répétition depuis le départ de Bokassa en septembre 1979.

La Centrafrique est également une terre riche habitée par des populations pauvres. Les richesses naturelles de Centrafrique sont assises sur le bois poussant dans les savanes et la forêt équatoriale, le potentiel touristique grâce à la grande étendue de ses parcs d’animaux, l’uranium, l’or, le diamant, le potentiel d’énergie hydroélectrique et bientôt le pétrole. L’activité minière (notamment pour l’or et le diamant) devrait constituer une importante ressource de la Centrafrique. Mais la production officielle — principalement artisanale — de diamants alluvionnaires de très bonne qualité de joaillerie s'établirait à environ 500.000 carats par an, alors que la production réelle serait estimée au double environ. La Centrafrique a donc attisé l’appétit des contrebandiers, des criminels et des brigands qui prospèrent sur les crises à répétition pour capter cette richesse. Le pouvoir n’est jamais parvenu à réguler ce secteur minier pour créer une industrie locale afin de valoriser ses ressources. D’une façon générale, même quelques industries nées au cours des années 1970 (industries légères agroalimentaires, manufactures de tissus, de chaussures…) ont disparu. Il ne subsiste plus qu’une production locale de bière et une modeste transformation d'aluminium, employant une petite dizaine de milliers de salariés. Les crises politico-militaires ont régulé la pauvreté vers la misère pour les populations en Centrafrique.

La position géographique au milieu de la forêt équatoriale, doublée d’une pauvreté et de l’incompétence chronique des dirigeants, occasionne souvent d’importantes inondations en raison du manque d'entretien des fleuves et d’importants débits d’eau qu'engendre la saison des pluies équatoriales. Par ailleurs, malgré la déforestation dans les zones de brousse où les paysans utilisent le bois pour la cuisson de leur nourriture et les constructions sommaires des habitations, la forêt gagne sur la savane ; ce qui est un cas exceptionnellement rare dans le monde. Néanmoins, des efforts doivent être poursuivis pour la protection de la faune et de la flore pour l’équilibre écologique et la biodiversité rare de cette région équatoriale. En effet, on trouve en Centrafrique une flore et une faune très diversifiées ; notamment une population d’éléphants de forêt d’Afrique, visibles par troupeaux de plusieurs dizaines de membres, notamment dans les salines de Bayanga. Mais ces animaux sont en situation de fragilité en raison du braconnage pour l'ivoire et de la consommation importante de viande de chasse. Le tourisme reste alors encore inexistant, autant du fait de la faiblesse des dispositifs d'accueil, des infrastructures de communication, que de l'insécurité permanente dans le pays. Le retard du développement se lit également dans l’état des routes dans des provinces en Centrafrique. Elles sont trop dégradées et restent archaïques sans mesure de sécurité routière adéquate, d’entretien ou de renouvellement des chaussées. Il convient de noter également des difficultés de transport urbain et interurbain (dans Bangui la capitale et de Bangui vers les provinces). En 2010, l’Etat s’est réveillé pour créer un réseau de transport urbain sous l’appellation SONATU, exploitant les transports urbains à Bangui et dans ses environs, mais le pouvoir a dû constituer une société d’État avec un très modeste capital social de 480 millions de francs CFA (soit 732.090€) et une flotte de cent autobus de fabrication indienne offerts en dotation par une société indienne Jaguar. Enfin, pour une ensemble de 627.000 km², la Centrafrique ne dispose principalement que d’un modeste aéroport de Bangui, l'aéroport Bangui M’poko.

S’agissant de la climatologie et de la situation géographique naturelle de la Centrafrique, la température moyenne relevée à Bangui, la capitale, avoisine 26°C. L’humidité est entretenue par une pluviosité abondante de 5mm (en période de saison sèche) jusqu’à 226 mm (en période de pluie). De par sa situation géographique, sa climatologie et le manque d’infrastructures industrielles, l'agriculture représente plus de 55 % du PIB. Les principales cultures sont alors le manioc (cassave), les bananes, le maïs, le café, le coton et le tabac. Cependant, les progrès de l’agriculture ne profitent qu’à certains grands exploitants disposant des moyens mécanisés. Les paysans ne bénéficient pas de formation adéquate, travaillent toujours « à la houe », sans mécanisation, ni attelage, ni utilisation des moyens de traitement des parasites ; ils sont exposés à de faibles productions et souvent de qualité moyenne.

L'exploitation forestière contribue également très largement au PIB, avec d'importantes essences en bois tropicaux. Depuis les temps coloniaux, la Centrafrique exploite l'hévéa pour son latex. Aujourd'hui, ces essences sont de plus en plus diversifiées. Les moins nobles sont transformées localement par une petite industrie de contreplaqués, tandis que les plus précieuses sont exportées sans transformation, sous forme de grumes. La Centrafrique, comme de nombreux autres pays de l’Afrique centrale, ne valorise donc pas industriellement ses ressources agricoles et forestières.

La Centrafrique est un pays très pauvre qui n’a véritablement pas de villes en dehors de la capitale de Bangui. Celle-ci concentre aujourd’hui près de 25% de la modeste population estimée à 4,5 millions d’habitants. Les autres dix bourgades comprennent entre 20.000 habitants pour Bimbo et 50.000 habitants pour Berbérati, la deuxième ville du pays. La Centrafrique est donc un immense territoire dont une grande partie est vide de population. L’organisation administrative du pays s’articule autour de sept régions, quatorze préfectures (Bamingui-Bangoran, Basse-Kotto, Haute-Kotto, Haut-Mbomou, Kémo, Lobaye, Mambéré-Kadéï, Mbomou, Nana-Mambéré, Ombella-M'Poko, Ouaka, Ouham, Ouham-Pendé, Vakaga), deux préfectures économiques (Nana-Grébizi et Sangha-Mbaéré), 71 sous-préfectures et 175 communes, dont six communes d’élevages, et environ 10.000 villages ou quartiers de villes. La ville de Bangui, la capitale, est dotée d’un statut spécial de septième région et de commune urbaine avec 8 arrondissements. Une décentralisation sur 627.000 km² (soit 1,14 fois la superficie de la France) d’une population équivalant à 1,8 fois seulement la population de la ville de Paris, ne sera pas une affaire simple. La Centrafrique a donc un urgent besoin de population pour rentabiliser ses ressources naturelles. Il convient de constater également que de crises en crises depuis la destitution de Jean-Bedel Bokassa en septembre 1979, l’insécurité et la pauvreté croissantes ont poussé une part importante de près de 40% (selon le recensement général de la population et de l’habitat de 2003) à fuir la campagne pour les modeste zones urbaines.

3- Le piège religieux instrumentalisé par la Séléka au pouvoir

Selon le recensement général de la population et de l’habitat de 2003, effectuée sur une population d’environ 3,8 millions d’habitants, la répartition des croyances serait la suivante : les Chrétiens représentent 80,3% (dont les Protestants estimés à 51,4% et les Catholiques à 28,9%). Les Musulmans représentent 10,1% et les animistes ou autres croyances traditionnelles constituent 9,6% de la population. Aujourd’hui, ces estimations n’ont pas beaucoup varié, mais les experts, notamment américains, estimeraient la population musulmane à environ 15% de la population. Dans tous les cas, ils sont loin de constituer une majorité, d’autant que dans ce recensement des « experts » qui se fonde sur les populations résidant en Centrafrique, il y a un mélange entre les Etrangers installés en Centrafrique (Soudanais et Tchadiens majoritairement musulmans) et les ressortissants de Centrafrique. Ce qui conduit à se rapprocher du RGPH de 2003, avec une estimation raisonnable de 10% de Centrafricains ayant adopté la confession islamique. La coalition séléka arrivée au pouvoir par le coup d’Etat du 24 mars 2013 a donc surestimé la représentativité de l’Islam en Centrafrique afin de justifier son plan d’islamisation du pays. Victimes des massacres perpétrés par les Islamistes fondamentalistes radicaux au sein de la Séléka, refusant la domination du pouvoir et des orientations islamistes de l’équipe de Michel Djotodia, avides de revanche contre des troupes rebelles qui avaient défait la modeste armée centrafricaine des FACA, constatant que la majorité des troupes Séléka installées au pouvoir et dans la nouvelle armée nationale sont des Etrangers attirés par le pouvoir et l’argent en Centrafrique en y faisant régner la terreur, quelques anciens militaires des FACA, proches du président déchu François Bozizé et des partis politiques partenaires, ont mobilisé les Jeunes pour combattre les rebelles Séléka, les troupes de Michel Djotodia et mener des représailles violentes contre les Musulmans en Centrafrique considérés comme des complices des rebelles Séléka. Les raisons de la haine étant trouvées, les cibles souvent innocentes et étrangères aux racines du conflit politico-militaro-crapuleux en Centrafrique étant identifiées, les Anti-balaka (ant-machettes mais massacrant les populations civiles à la machette !) se sont mis à l’œuvre. Les anti-balaka, sous contrôle des anciens militaires de l’armée de François Bozizé, ont massivement recruté dans les milieux de la jeunesse, profitant d’une situation d’abandon du pouvoir évanescent et de 60% des écoles fermées à la rentrée scolaire de septembre 2013. Michel Djotodia et ses troupes ont allumé le feu de « la haine confessionnelle » et ils ont été incapables de l’éteindre. L’incendie a alors ravagé tout le pays ; ils devraient en répondre devant la justice internationale. Mais les anti-balaka qui poursuivent les massacres contre les Musulmans dans le pays devraient également répondre de leurs actes de barbarie devant la justice. L’une des erreurs d’inexpérience du pouvoir de transition de Madame Catherine Samba-Panza a été de remettre en circulation les militaires des anciennes FACA. Des soldats vaincus, démoralisés, abandonnés à eux-mêmes dans le dénuement, ne percevant plus de salaires depuis six mois reprennent les armes pour défendre le pays. Au lieu de passer par la case « camp d’entraînement et de redressement » pour un grand nombre d’entre eux, ils sont lâchés dans la population. La plupart ont perdu aussi leurs proches, leurs collègues, leurs familles dans les massacres des séléka. Le premier réflexe de ces hommes, réarmés et réinjectés dans la défense nationale, est la vengeance. Une vengeance aveugle sur toute personne soupçonnée de participation aux exactions de la Séléka ou de complicité avec les Séleka. D’où des lynchages aveugles, hors de toute déontologie militaire et de toute discipline qui sied à une véritable armée nationale. Au début de cette année 2014, après la désignation du gouvernement de transition sous la présidence de Madame Catherine Samba-Panza, les violence se poursuivent. La fracture ouverte par les Islamistes emmenés par Michel Djotodia reste ouverte. Les miliciens Séléka (se définissant comme défendant les Musulmans) s'opposent aux miliciens Anti-balaka (se définissant comme défendant les Chrétiens). Certains anciens FACA battus et démoralisés par la Séléka retrouvent du souffle et se joignent aux Anti-balaka. Le désarmement de ces groupes armés est compliqué par le sentiment d'impossibilité de se défendre pour les tenants de chaque camp, en cas d'attaque du camp adverse. La communauté internationale a proposé de ne trouver sur le terrain que des soldats internationaux (Français, Européens, Africains), les seuls autorisés à assurer la sécurité et l'ordre, y compris par la force du feu. Mais le pouvoir de transition, sans s'assurer du contrôle de l'efficacité et de la discipline des anciens FACA, les ressort, les réhabilite et les renvoie dans la nature. Ils risquent ainsi de renforcer les miliciens anti-balaka ou les miliciens séléka, et compliquer davantage les opérations de désarmement initiées par les troupes internationales sous le contrôle de l'ONU.

4- Vers la refondation d’une nouvelle Centrafrique

La crise qui s’intensifie malgré la présence de 1.600 militaires français (auxquels on pourrait ajouter les troupes des forces spéciales et du renseignement militaire) et les 6000 militaires des forces africaines présentes sur le terrain. Le pays est très vaste et les populations bougent de Bangui vers les provinces et des provinces vers Bangui. Pour encadrer efficacement la sécurité à Bangui et dans les zones de tension en provinces, il convient de disposer des troupes bien entraînées, bien équipées, bien coordonnées, et plus importantes en nombre. La France vient de relever ses effectifs à 2.000 militaires combattants en charge de ramener, par la force s’il le faut, la paix et la sécurité en Centrafrique, de participer au désarmement et d’apporter le soutien de la France aux forces africaines de la MISCA. Les autres pays de l'Union européenne devraient également apporter leur soutien de 1.000 hommes en armes au minimum pour compléter le dispositif français. Ainsi, l’Union européenne aura apporté sa contribution attendue d’au-moins 3.000 hommes indispensables au retour à la paix et à la sécurité durables dans ce pays. La complication de la situation sur le terrain pourrait conduire à plus d’effectif, mais l’on peut considérer que, en raison de la faible population à protéger malgré l’énorme étendue du territoire, ces effectifs européens devraient remplir leur mission.

S’agissant de la participation des Etats africains, ceux-ci devraient réunir au-moins 8.000 hommes. Il n’est pas souhaitable que les Européens soient plus nombreux pour mener des opérations de pacification et de sécurisation de la Centrafrique, car il est impérativement du devoir des Etats africains d’accroître les capacités d’intervention sur leurs propres territoires. L’Europe apporte son soutien, mais elle ne doit pas se substituer aux efforts des Africains eux-mêmes. La France qui dispose d’environ 6.000 hommes sur l'ensemble du continent africain n’a plus d’autres réserves pour rallonger les effectifs en Centrafrique. Or elle ne peut pas déshabiller totalement le Mali, le Tchad, Djibouti, le Cameroun, et d’autres positions stratégiques de projection car les crises africaines ne sont pas terminées. L’on sait que les opérations de type « Mali » en 2013 ou de type « Centrafrique » actuellement vont se multiplier dans de nombreux autres pays fragiles en Afrique dans les temps qui viennent. Les fondamentalistes islamistes radicaux, financés par quelques groupuscules idéologisés du Jihad dans des pétromonarchies du Moyen-Orient -mais qui restent au chaud dans leur luxueux confort-, ont trouvé un terrain d’entraînement en Afrique -pour sacrifier les Africains par des guerres fratricides en Afrique, moyennant quelques dollars jetés aux combattants pour se substituer aux Etats défaillants- avant d’envahir l’Europe. Déjà Boko Haram, une nébuleuse d’intégristes musulmans sévissant au nord du Nigéria, vient de publier un communiqué en Tchétchénie pour déclarer la guerre afin de venger le sang des Musulmans en Centrafrique. Un étrange comportement des Africains, qui prétendent aimer leurs frères en Afrique, et qui ont besoin d’aller dans les fins fonds de la Russie pour envoyer des menaces de mort aux Africains par d'autres Africains ! Et si, comme les Anti-balaka, les Chrétiens ouvraient les vengeances massives pour le sang des leurs, on entrerait dans un cercle vicieux sans fin. Il appartient aux Etats d'arrêter ces folies et ces barbaries. L’Afrique a alors besoin de se constituer une véritable armée anti-terroriste et de résolution des crises par la force militaire. Les 8.000 à 10.000 hommes, recrutés dans des pays bien organisés et entraînés aux combats depuis de longues années (Burundi, Rwanda, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Éthiopie, Angola, etc.) pourront ainsi former le noyau de la « Force Africaine d’Intervention rapide » dans des crises politico-militaro-islamistes en Afrique. Et s’il y a un besoin d'accroissement des effectifs en Centrafrique, il appartient aux Africains eux-mêmes d’y répondre : c’est une occasion d’entraînement pour la future force africaine d’intervention rapide, en Afrique et dans le reste du monde. L’Afrique ne peut exister dans la mondialisation qu’à travers sa propre contribution à la sécurité et à la stabilité du monde. Les Etats-Unis, qui ont sous-traité la sécurité en Afrique et la lutte contre le terrorisme sur ce continent à la France et aux Africains eux-mêmes, fournissent les avions de transport de troupe, les ravitailleurs aériens, les drones de contrôle et de renseignement, les informations issues de leur propre dispositif mondial de renseignement et une grande partie du financement des opérations. Il convient de rappeler que les Etats-Unis fournissent 25% du budget de maintien de la paix des Nations-Unies dans le monde, quand l'Europe apporte 40% et le Japon complétant avec 15%, soit 80% du financement venant des puissances industrielles historiques. L'on sait également que la sécurité de l’Afrique est indispensable à celle de l’Europe, qui constitue la prochaine étape du terrorisme international… par ailleurs, tout déséquilibre sécuritaire ou économique en Afrique se répercute en Occident (Europe et Amérique du Nord) par des vagues de réfugiés et par les pertes des activités économiques occidentales en Afrique. Celle-ci est devenue le coeur et la principale réserve des ressources naturelles d'approvisionnement des industries dans le monde.


Enfin, le volet politique devrait rapidement se mettre en mouvement pour accompagner les efforts militaires et asseoir une solution longue à cette tragédie centrafricaine, dont nous connaissons tous les origines et les auteurs depuis bien longtemps. Les blessures ont été très profondes et la fracture interconfessionnelle est trop ouverte pour procéder à des élections générales sans passer par la thérapie générale des Centrafricains. La Centrafrique ne fera donc pas l’économie d’une conférence nationale souverain pour « vider le sac de la haine » avant de repartir sur de nouvelles bases plus solides. Elle devrait se doter d’un « Haut-Commissariat à la Réconciliation et à la Réhabilitation », autonome, indépendant, dirigé par des personnalités compétentes, libres de toutes les injonctions politico-militaires, et intégrant les représentants politiques, religieux, sociaux, des Jeunes et de tous les acteurs des couches de la société centrafricaine. Ce Haut-Commissariat serait chargé d’apporter des pistes de solutions de sécurité et de paix durables avant l’ouverture des élections générales et accompagnerait le refondation de la nouvelle Centrafrique. Interlocuteur des bailleurs extérieurs, des organisations d’experts en réconciliation, des organes spécialisés des Nations-Unies, des organisations nationales et internationales des droits de l’homme, ce Haut-Commissariat serait ainsi le dispositif central de la renaissance d’une nouvelle Centrafrique. En cas d'échec de cette initiative intégrant tous les Centrafricains à la recherche d'une solution interne durable à leurs crises à répétition, une dernière carte serait le recours à la mise sous tutelle internationale effective de la Centrafrique.

SOURCE/ NOUVELLE-DYNAMIQUE.ORG

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 08:12
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 05:25
CHARLES ATEBA EYENE, RÉVOLUTION 2.0 !

Charles Ateba Eyene est mort hier Vendredi 21 février 2014 au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé, suite d’une insuffisance rénale.

OUI, la mort a encore frappé et a pris sur son chemin un jeune valeureux combattant tombé sur le champ de bataille. Porté par des convictions profondes, fortes et solides, Charles Ateba Eyene s’était engagé dans le combat politique et idéologique dans l’intérêt collectif de la nation mais surtout en pensant à cette jeunesse camerounaise pour qui ce combat mérite d’être mené avec hargne et rigueur.

Ateba Eyene ne craignait point la mort et n’hésitait pas à le rappeler à tous ceux qui souhaitaient l’entendre. D’ailleurs, à ce propos, ses combats politiques et idéologiques au sein de son parti et contre les réseaux mafieux de la République qu’il dénonçait en permanence en témoignent.

Charles Ateba Eyene lègue comme héritage à la jeunesse camerounaise : travail, bravoure, éthique et sens de la justice. Il avait décidé d’aborder fièrement l’éloquence et la profondeur des mots contre les armes et un système qui ne reculerait devant rien pour imposer sa loi au peuple. Au cœur de cette éloquence se trouvait un homme et pas des moindres car sa complexité laissait certains dubitatifs, voire perplexes sur la forme de la méthode. Ce qui est sûr, il ne laissait personne indifférent car son combat était juste.

Observons le graphique ci-dessous: c’est l’historiographie du Cameroun avec plusieurs étapes importantes :

  1. La période du protectorat allemand, du 12 juillet 1884 au 4 mars 1916.
  2. L’invasion suivie de l’installation des administrations française et britannique, du 4 mars 1916 au 1er janvier 1960 et au 1er octobre 1961. Cette période est aussi marquée par la révolte face à la brutalité allemande, et à partir de 1916, de la révolte face à la division de la patrie kamerunaise par les franco-britanniques et des brimades telles que l’impôt de capitation, l’absence de droits humains et politiques.
  3. 20 juillet 1922 : le placement du Kamerun sous mandat de la Société des Nations.
  4. Août 1944 : tournant majeur dans l’histoire du pays et de sa lutte politique. Cette année-là, les Camerounais ont acquis le droit syndical, à la faveur d’un décret de René Pléven, Commissaire aux colonies de Charles de Gaulle.
  5. En 1960 et 1961, l’indépendance et la réunification sont apparues comme l’aboutissement d’une longue lutte et d’une longue espérance de la part de la population camerounaise.
  6. Ces moments sont suivis par deux périodes que l’on espérait être le point de départ pour la prospérité du pays: a) 1958 et l’ascension de Ahmadou Ahidjo à la magistrature suprême; b) 6 novembre 1982, Paul Biya a introduit l’idéologie de «l’intégration nationale», en prolongement à celle de «l’unité nationale» de son prédécesseur.

La première révolution au Cameroun est née de l’idée de la possibilité pour la population de recouvrer sa liberté d’antan, perdue du fait de l’invasion coloniale. Cette révolution a débouché, tout naturellement, sur la revendication de l’indépendance et le départ des Blancs. Il s’agit là, de LA RÉVOLUTION 1.0 !

Dr. Charles Ateba Eyene a initié une nouvelle RÉVOLUTION. Il réveille la jeunesse camerounaise en réussissant là où tout le peuple a échoué : dénoncer et faire trembler un système corrompu, déviant et individualiste de l’ère Biya.

L’élément déterminant de la « Révolution Charles Ateba Eyene » démontrant l’absence de JUSTICE ET D’ETHIQUE dans notre pays, est la profondeur du fossé qui sépare d’une part, le caractère très alarmant de la demande sociale dans le sens large du terme, aussi bien dans ses exigences relatives à l’accès aux services sociaux de base tels que l’éducation, la sante, l’eau, l’électricité, en passant par l’emploi des jeunes, ainsi que sa demande démocratique pour la liberté d’expression et d’autre part, l’épaisseur de l’archaïsme politique, doublé de l’extrême immoralité de l’exercice du pouvoir par la corruption et la mafia organisée.

À travers sa démarche et son courage, Charles Ateba Eyene a pu mettre en évidence l’existence d’un réel fossé générationnel dans notre pays entre les moins de quarante-cinq ans et ceux de plus de soixante ans sans oublier au milieu, une sorte de no man’s land. Cette réalité nous oblige à admettre que nous aurons besoin d’un grand travail de soudure intergénérationnelle et que nous allons devoir nous parler franchement afin de recréer ensemble un espace commun où il fait bon de vivre ensemble, si l’on ne souhaite pas que le tissu social se fissure davantage avec des conséquences désastreuses pour toute une nation qui aspire à la prospérité.

Charles Ateba Eyene laisse à la jeunesse camerounaise un héritage dont chacun d’entre-nous aura le devoir de s’approprier et de contextualiser afin de faire face aux grands défis et enjeux de demain.

Va en paix Charles et vive ta RÉVOLUTION 2.0 ! « L’homme illustre a pour tombeau la terre entière », Périclès, 430 avant Jésus-Christ

par Dr Alain Nkoyock

CHARLES ATEBA EYENE, RÉVOLUTION 2.0 !
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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 21:55

               CHARLES ATEBA EYENE

NOUS NE T'OUBLIERONS JAMAIS

AFROHISTORAMA COMMUNICATION PARTAGE LA DOULEUR AVEC TOUTE LA FAMILLE

 

 

CHARLES ATEBA EYENE  UN VRAI PATRIOTE

CHARLES ATEBA EYENE UN VRAI PATRIOTE

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 05:49

Après qu’il eût résisté aux pogroms coloniaux et à deux dictatures, l’une maniaque et l’autre fainéante et bordélique, le peuple camerounais échappera-t-il au filicide auquel il est maintenant convié ?

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                                                                                          Venant Mboua

                                                                                      Journaliste et écrivain

 

Objet : Votre nomination au poste de Président du comité de normalisation du droit d’auteur.

Cher monsieur Seuna,

Ce message est en réalité le témoignage d’un ancien « brûlé » du droit d’auteur camerounais, ce « droit du ministre de la Culture ».

D’emblée, je dois vous dire que dans le feuilleton de série B en propagation ces derniers temps et dont Ndedi Eyango et Ama Tutu Muna tiennent les rôles principaux tandis que Roméo Dicka campe le premier rôle de soutien, je défends Le Prince des montagnes. Rassurez-vous, il n’est pas mon ami. Je ne le connais qu’à la télé. Il est probable qu’il n’a jamais entendu parler de moi. Mais je suis ce spectateur que le scénariste de séries brésiliennes a réussi à conditionner, par son intrigue à deux balles, bâtie sur deux types de personnages : les honnêtes, gentils, sans défense, sans pouvoirs, martyrisés et les malhonnêtes, puissants, cyniques et méchants. Plusieurs semaines après le début du feuilleton, mon cœur bat encore plus pour Ndedi Eyango et je déteste encore plus le personnage de ministre et ses soutiens.

Le discours du chanteur de Nkongsamba sur le plateau de STV m’a ému. C’est la première fois que je l’entendais parler en dehors des chansons. Je découvre qu’il est un artiste et homme d’affaires lucide. Et, vous qui connaissez bien les couloirs et les mentalités du ministère de la Culture, vous avez compris pourquoi la ministre de la culture le combat : c’est un élu qui, visiblement, n’a pas su dealer. C’est un naïf qui pensait venir là pour aider à résoudre les problèmes alors que ce n’est pas ce qu’on attend d’un élu.

C’est l’erreur que j’avais commise en 2002!

Deux décennies de désordre organisé 

Je vous connais depuis que je suis de près le droit d’auteur en qualité de journaliste, c’est-à-dire, une personne généralement bien informée mais, parfois aussi, intoxiquée par des sources qui ont leurs buts à atteindre. Ce sont Sam Mbende et Emmanuel Keki Manyo, mon metteur en scène aujourd’hui disparu, qui me pousseront finalement à devenir un acteur du secteur. Je savais déjà que depuis l’avènement de la gestion collective, après le vent de libéralisation de 1990, le droit d’auteur se faisait entendre uniquement par des querelles. Les ayants droit se battaient entre eux, divisés en camps avec, comme arbitre de mauvaise foi (pour ne pas dire, comme au foot du quartier, «arbitre corrompu »), le ministre de la Culture, quand ce dernier ne se colletait pas carrément avec l’un des camps. Les exemples sont légion : Stanislas Melonè (premier PCA de Socinada) contre les musiciens; le ministre Toko Mangan contre Sanding Beng. Le ministre Oyono Ferdinand contre Esso Essomba. Ferdinand Oyono contre Clément Tjomb (et ce dossier vous le connaissez bien). Oyono Ferdinand contre Manu Dibango, le ministre Oyono Ferdinand encore contre Mono Ndjana. La situation n’a pas changé après Oyono : Ama Tutu Muna contre Sam Mbende et aujourd’hui, la même Tutu Muna contre Ndedi Eyango.

Au total, plus de deux décennies de désordre cyniquement bien organisé par l’autorité de tutelle. Cela ne m’a pas empêché de penser que je pouvais apporter ma contribution, comme si, avant moi, il n’y avait pas eu de génie pour aider ce droit d’auteur à fonctionner. Et pan, sur ma grosse tête prétentieuse!

J’ai participé aux séances de concertation que vous dirigiez avant la rédaction de la loi 2000. Par la suite, j’ai contribué à la fondation de la Sociladra, la société des droits de la littérature et des arts dramatiques. Cette expérience m’avait encore poussé à y croire. On l’a sans doute oublié aujourd’hui, la naissance de Sociladra aurait pu survenir dans le sang. Deux camps se battaient et aucun ne voulait rien lâcher. Une guerre fratricide a opposé Pabé Mongo et Mono Ndjana pendant des mois. Féroces, cruelles, les attaques personnelles succédaient aux menaces physiques…

Mais le jour de l’assemblée générale fondatrice et élective, sans la supervision d’aucun fonctionnaire ni d’aucun ministre, après une demie journée de chicane, les deux camps se sont assis, se sont parlés avec sagesse : « c’est notre bien commun », entendait-on ce soir-là. Un conseil d’administration consensuel a été constitué, selon les textes et la loi.

J’ai vu des gens qui se battaient sans pitié pendant des mois fraterniser sincèrement après l’assemblée générale, certains blaguant même sur les intrigues qu’ils avaient fomentées. Je me suis dis que les artistes sont une famille qui peut avoir des discordes sans se disloquer, s’il ne vient pas un intrus pour vicier les disputes. En effet, ils font le même job, vivent la même galère camerounaise, jouent sur les mêmes scènes, subissent le même mépris gouvernemental, etc.

Ce sont des forces étrangères aux intérêts des auteurs qui organisent la pagaille. Ces forces proviennent surtout du ministère de la Culture. Je ne vous apprends rien. Les divergences entre membres s’aggravent parce que, généralement, le ministre prend position pour un camp, bien souvent pour le camp le plus malhonnête et le plus illégal. Le ministre et ses équipes utilisent les faiblesses (elles sont nombreuses) des créateurs des œuvres de l’esprit, pour les soumettre et leur voler leurs droits. Ce sont eux, qu’Hubert Mono Ndjana avait appelé, « les prédateurs ».

Les manipulés et les prédateurs  

J’ai pu voir, lors de la nomination d’un directeur général à la Sociladra, des pères et mères de familles changer une résolution votée en début de séance, juste parce qu’en cours de réunion, un message annonçait que le ministre leur a promis à chacun 100.000 FCFA et qu’ils venaient de manger un plat de ndolè arrosé de vins et de whisky pendant la pause. Et ceci n’est pas un sketch! Le ministre tenait à imposer un de vos collaborateurs de la Cellule juridique comme directeur général de la Sociladra. Il l’a fait!

J’ai encore vu en 2006, un collègue comédien, engagé comme nous à résister aux manœuvres autoritaires de la CPMC, s’écrouler carrément lorsqu’il a été annoncé qu’il n’y aurait pas de perdiem pour la séance du conseil. Il m’a dit, larmoyant : « j’abandonne, je vais demander des excuses au président (de la CPMC), j’ai besoin d’argent, 200.000 FCFA. Mon fils doit reprendre l’école ce lundi ». Il était sincère. Il l’a fait. Ce jour-là, j’ai compris que combattre ne servait à rien, que je n’étais pas assez fort et armé pour lutter longtemps. Ce jour-là aussi, j’ai décidé de quitter ce milieu, même si j’avais continué l’agitation, avec d’autres camarades, « juste pour embêter », disions-nous.

En effet, en dehors de l’assemblée générale fondatrice, toutes les autres assemblées de la Sociladra ont échappé aux membres. En 2005, je fais un bluff dans le journal Mutations (mon confrère, Thiéry Gervais Gango qui m’a interviewé, m’en veut encore pour cela) : j’annonce ma candidature au poste de PCA. Je suis journaliste au Messager, à l’époque, je couvre ou je suis organisateur d’événements culturels. J’ai la sympathie et le soutien de beaucoup de membres de la Sociladra et cela laisse penser que je suis un candidat hyper favori. Le lendemain de la publication de l’article, le président de la CPMC me rencontre, en votre présence : « il faut que tu retires ta candidature, parce que le ministre d’État (Oyono Ferdinand) ne peut pas accepter qu’un anarchiste comme toi devienne le président de la Sociladra », me dit frontalement le président de la CPMC. « Et si je maintenais quand même ma candidature? » ai-je avancé. La réponse fut nette : « il n’y aura jamais d’assemblée générale de la Sociladra et nous, on va continuer de gérer votre société ». Vous étiez-là, rappelez-vous. Rappelez-vous aussi que mon collègue du Messager, Souley Onohiolo, était avec moi et que vous avez eu un échange très rude, pour ne pas dire plus.

Le conseil d’administration formé cette année-là, fut « dissout » l’année suivante, par le président de la CPMC, à travers une interview à Cameroon Tribune (!!!). Le président de ce conseil qui lui obéissait comme un gamin, s’était en fin rebellé contre ses abus. Il fallait « l’occire », constata plus tard, Mono Ndjana lui-même.

Pour toutes les sociétés, la CPMC, avait déjà, depuis un an, mué en organisatrice des assemblées générales (elle en jugeait de l’opportunité, fixait les dates, choisissait les candidats, etc.) et gérait le compte commun du droit d’auteur. On a même vu la CPMC organiser…les deuils des membres et accorder des subventions aux artistes !!! Des activités qui sortent totalement de son rôle et du cadre du droit d’auteur. Entre temps, très peu de choses ont changé de cette hyper activité, au regard de ce que j’apprends des médias.

Ce n’était pourtant pas faute d’avoir des personnes compétentes. Cette CPMC était dirigée par l’un des plus brillants hommes de droit de notre université, Magloire Ondoa. Il y avait d’autres grosses compétences, des fiscalistes, des avocats, des universitaires dont …vous-même, Christophe Seuna! Mais de toute évidence, ces personnages ne mettaient pas leur énergie et leurs vastes connaissances au service des sociétés. Toute la démarche de la commission semblait servir des intérêts autres que ceux des membres. Instructions ministérielles ou initiatives personnelles?

Avant de prendre la tête de « ces choses » créées par Tutu Muna, pouvez-vous dire aux ayants droit ce qui s’est réellement passé avec cette fameuse CPMC où on ne vous voyait plus, vous, le rapporteur? D’ailleurs, avant la fin de l’année 2005, on ne vous voyait même plus nulle part, sur les dossiers du droit d’auteur, tout chef de Cellule juridique que vous demeuriez...

Changer quoi? 

Aujourd’hui, en créant « les comités », Tutu Muna nous remet la méthode Oyono. Incapable de trancher entre deux demandes de constitution de société de catégorie B, le défunt ministre avait opté pour sa société à lui. Il fit appel à Manu Dibango. Quelques mois plus tard, il le faisait débarquer sans façon en lui retirant « son agrément ». Pour noyer le bruit que les malheurs de Manu avaient provoqué, on convoqua des séances dites des « États généraux du droit d’auteur », par catégorie. Ce sont ces travaux qui ont défini la base des textes des sociétés actuelles. On a utilisé les sociétés de gestion collective pour distraire afin qu’on oublie Manu Dibango; comme jadis, la loi 2000 (une loi généreuse, du reste, pour les sociétés de gestion collective) fut un prétexte pour régler ses comptes à Esso Essomba de la Socinada. De même, au lieu de faire un audit de la gestion du droit d’auteur à son arrivée, Tutu Muna s’est contentée d’attaquer Sam Mbende, utilisant comme prétexte, la mauvaise gestion puis…des mauvaises élections (!) pour retirer l’agrément à la CMC. Vous savez tout cela.

Pouvez-vous aussi dire aux ayants droit pourquoi l’audit fait si peur aux autorités de la Culture? Nous l’avions demandé en 2006, en vain. Ndedi Eyango, en s’accrochant naïvement à cette idée, apparaît comme un éléphant furieux dans une vaissellerie. Pour sauver ses plats, il faut absolument abattre la bête. Dans le cas de nos sociétés aujourd’hui, des membres prébendiers aux ministres gourmands, en passant par des fonctionnaires braqueurs de caisses, on ne sait où commence et où s’arrête la chaîne de vaisselle à protéger.. Il me semble que vous, vous connaissez bien cette chaîne-là que Tutu Muna veut protéger en vous désignant à la tête de ces « comités ». Car que peuvent ces « trucs »? Je vous laisse répondre à l’opinion nationale dans quelques mois. Tutu Muna imite la Fecafoot dans l’esbroufe (comité de normalisation aussi prédateur que les organes antérieurs) mais ignore l’attitude des gens du foot quant à la gestion des compatriotes de la diaspora…

M. Christophe Seuna, le président du machin de normalisation que vous êtes est aussi celui qui a écrit la loi 2000. Qui a piétiné cette loi, les membres des sociétés ou les autorités de tutelle? S’il vous plaît, éclairez les Camerounais sur la question. Que va-t-on vous demander d’y changer, La loi que les ministres autocrates et gloutons ne respectent pas ou la mentalité des membres pressureurs? On vous a adjoint quelques innocentes personnes et une bande de myrmidons du système, aussi inutiles que nuisibles, de bons « créateurs d’impossibilités » depuis l’an 2000 au moins, qui n’ont qu’un rêve, vivre – grassement et facilement – de l’argent du droit d’auteur dont la plupart ne sait et ne comprend rien. Au fond de vous-même, vous savez que ces hommes et femmes n’ont aucune solution pour faire avancer la cause des auteurs. Vous les connaissez, vous les avez vus à l’épreuve depuis au moins une décennie! Pourquoi acceptez-vous cette mascarade? La responsabilité de l’universitaire que vous êtes, pétri d’expérience dans le domaine, ne vous obligeait-elle pas à décliner cette offre pourrie ? Sur qui peuvent donc compter les Camerounais pour une rédemption de notre pays, si des élites comme vous ne sont pas capables de remettre en cause l’ordre malsain établi ?

La faute au système 

En fait, M. Seuna, je ne vous blâme pas. Je me plains, un peu désespéré. Je ne blâme pas non plus Tutu Muna Elle est un produit du système régnant depuis la colonisation française et auquel son père, Muna Tandeng, a adhéré jusqu’à la fin de sa carrière politique. Quand elle est arrivée au ministère de la Culture, elle a affiché une fausse humilité qui nous avait poussés à la défendre, face à la horde de nostalgiques d’Oyono. Mais l’imposture dont elle est issue a vite repris le dessus sur elle.

Cette imposture qui prospère chez nous nous détruit au quotidien et nous ne semblons même pas le constater. Qui avait imaginé que des habitants du Cameroun pouvaient se déchirer un jour sur des médias sociaux, les plateaux de radios et télévisons, autour de la nationalité d’un enfant mboo de Nkongsamba que toute la nation a vu naître et progresser dans sa carrière par son talent et son travail ? À cause des gangs de prédateurs du droit d’auteur, le Cameroun a désormais deux catégories d’enfants : les Camerounais du Cameroun, ceux qui n’ont pas pu ou voulu quitter le Cameroun (ils sont les « vrais », les patriotes, les gardiens de nos lois) et les Camerounais vivant à l’étranger, des enfants déshérités parce que mangeurs à tous les râteliers, espions des puissances étrangères dont ils ont pris la nationalité, des agresseurs sans scrupule et sans morale qui s’imaginent que vivre à l’étranger les exonère du respect de nos lois à l’équité indiscutable. On en vient encore à oublier que les lois doivent être au service des citoyens et non l’inverse. Parce que même les régimes les plus ignobles ont des lois : le régime hitlérien, l’apartheid, la colonisation, voire la traite des Noirs, étaient fondés sur des lois.

Au-delà des querelles autour du droit d’auteur, voilà la bombe que Tutu Muna – par irresponsabilité ou sous pression ? – a balancée sur ce qui reste de la nation. Et que vous avez accepté de cautionner!

Après qu’il eût résisté aux pogroms coloniaux et à deux dictatures, l’une maniaque et l’autre fainéante et bordélique, le peuple camerounais échappera-t-il au filicide auquel il est maintenant convié ?

Par Venant Mboua

Source : http://sissongho.over-blog.com

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 04:15

 

 

 

lA CHRONIQUE DE MBOMBOG NTOHOL

t-29 OUEST Foumban Art Bamoun 02Fête de la jeunesse au Cameroun et assassinat de 6 jeunes Camerounais par les forces armées Marocaines, quel lien entre les deux évènements ?

Le 11 février prochain aura lieu la fête de la jeunesse camerounaise, ce moment de convivialité, de réflexion et d’échange entre les jeunes est endeuillé une fois de plus par l’assassinat de six jeunes camerounais par les forces de sécurité marocaine pour tentative d’entrée dans l’enclave espagnole de Melia située sur le territoire marocain.

Un  tel acte par des jeunes est un acte de désespoir qui en dit long sur la situation de la jeunesse camerounaise aujourd’hui.

Une jeunesse abandonnée à elle-même sans réelle espoir. Le discours que le président devrait prononcer lundi ne citera certainement pas ces jeunes camerounais qui viennent rallonger la longue liste de tous ces camerounais jeunes moins jeunes mort en route en  se rendent en Europe à la quête d’une vie meilleur en fuyant le pays qui leur a vu naître.

Sans se tromper on peut dire que le Cameroun a abandonné sa  jeunesse, qui ne sait plus quelle direction prendre, malmenée par le chômage, et le sous-emploi.

Ce 11 février doit être celui d’une véritable prise de conscience définitive de tous les camerounais sans exception, car un pays qui sacrifie sa jeunesse est un pays sans avenir.

Le Cameroun a abandonné sa jeunesse donc le Cameroun ne peut pas être émergent même en l’an 2100.

Dans un pays normal où vivent des gens normaux qui pensent à l’avenir de leurs enfants, on prépare toujours une nouvelle génération pour prendre la relève de l’ancienne, au Cameroun c’est le contraire, la jeunesse est considérée comme l’ennemi numéro un et donc marginalisée, combattue et esclavagisée.

Tant que cette situation persiste il y aura aucun avenir pour la jeunesse camerounaise ou pour le Cameroun tout court, et la mort des 6 jeunes camerounais à la veille de cette fête nationale de la jeunesse camerounaise est un rappel  si besoin est de son abandon par les occupants du pouvoir au Cameroun et  l’opposition camerounaise.

A suivre……

Mbombog Ntohol

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 04:08

Le  Cameroun , le seul pays Africain à vouloir signer sa recolonisation à travers l’entourloupe proposée des accords de partenariats avec l’Union Européenne.

Lettre ouverte d’un spécialiste de la finance mondiale au président de la république pour son information, il ne pourra plus dire mon entourage est incompétent ou bien qu’il n’était pas au courant.


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   Eugène Nyambal

 


 Eugène Nyambal: Lettre ouverte au Président de la République

 

M. le Président de la République,

Au moment où le destin de notre pays se décide dans les coulisses autour des négociations pour la ratification des Accords de Partenariat Economique (APE) avec l'Union européenne (UE), je m'adresse à vous comme un patriote et avec l'humilité d'un fils du Cameroun pour vous suggérer de renoncer à ce «Traité Inégal». LAPE risque en effet d'hypothéquer l'avenir de plusieurs générations de Camerounais et d'anéantir tout effort visant faire du Cameroun une société de stabilité et de prospérité.

Les enjeux autour de l'APE sont de taille. Sur le plan géostratégique, le monde est en pleine mutation et l'Afrique est considérée comme le prochain continent émergent compte tenu de l'abondance de ses ressources naturelles et de sa croissance démographique. Ce potentiel est perçu par les partenaires de l'Afrique comme une opportunité à saisir pour alimenter leur, croissance et rester dans la course pour l'hégémonie mondiale.

Incapable de remettre en cause son modèle de développement pour mieux affronter la compétition mondiale, l'Europe a décidé de «chasser en meute» pour capter les marchés africains et lier de manière irréversible la destinée des deux continents avec les APE.

La ratification des APE représente une course solitaire et suicidaire pour le Cameroun

Les APE visent, rappelons-le, à instaurer une zone de libre-échange entre l'UE et les économies faiblement structurées des pays ACP à travers la suppression immédiate des droits de douane sur les produits importés par l'UE auprès des pays ACP signataires (sauf pour le riz et le sucre) et une suppression progressive des droits de douane sur les produits importés par les pays ACP auprès de l'UE. En contrepartie, l'UE s'engage à supprimer progressivement les subventions agricoles et à augmenter l'aide au développement pour soutenir la mise à niveau des infrastructures, du secteur agro-alimentaire, de l'industrie ainsi que les réformes institutionnelles.

Permettez-moi, Mr. le Président, de relever un fait troublant: malgré les pressions de l'UE sur les ensembles sous régionaux (CEDEAO, CEMAC, SADC, ESA, Caraïbes et Pacifique), seule la région des Caraïbes a signé un APE en 2007.

Dans la région Afrique centrale, seul le Cameroun a choisi d'ignorer les réticences de la société civile, de ses partenaires sous régionaux et de l'Association des industriels africains et a conclu un accord intérimaire de partenariat avec l'UE en 2007. Celui-ci expire le 1er octobre 2014 et notre pays s'achemine visiblement vers la ratification d'un APE définitif qui impliquerait de facto son application sur toute l'Afrique centrale.

Pour justifier cette ratification, on met en avant la volonté de promouvoir «l'économie la plus diversifiée de la sous-région», de favoriser l'émergence en 2035 et de garantir l'accès de nos produits dans l'espace européen sans quotas ni droits de douane. Il s'agit notamment de la banane, de l'aluminium, des produits transformés du bois et des fruits et légumes d'une valeur totale d'environ 200 milliards de francs CFA par an. En contrepartie, le Cameroun s'est engagé en 2008 à libéraliser 80% des importations en provenance de l'UE à partir de 2021. Mais selon plusieurs experts nationaux, cette libéralisation pourrait coûter à l'Etat des pertes de l'ordre de 70% des recettes douanières, soit un total de 1300 milliards de francs CFA en 2023 et 2470 milliards en 2030 en sus du coût d'adaptation et de modernisation de l'économie camerounaise qui se situerait autour de 2500 milliards de francs CFA.

Pour inciter le Cameroun à ratifier cet accord, l'UE a mis en place un programme de mise à niveau des entreprises camerounaises à hauteur de 7 7 6,5 milliards de francs CFA en vue de les aider à conquérir le marché européen dans la sidérurgie, la métallurgie, le textile, l'agro-alimentaire, le tourisme, le BTP, l'électronique, la mécanique, le cuir et la chaussure. Cependant, il s'agit de secteurs dans lesquels notre pays ne dispose d'aucun atout pour s'imposer sur le marché domestique ou prendre des parts de marché en Europe compte tenu des contraintes de capacité et des barrières non tarifaires.

La ratification des APE obligera le Cameroun à renouer avec les Pro
grammes d'Ajustement

Dans ces conditions, notre pays ne saurait s'engager dans l'aventurisme économique. Il devrait rejeter la ratification des APE pour les raisons suivantes:

L'expérience montre que les précédents accords préférentiels avec l'UE (Convention de Lomé en 1975. Accord de Cotonou en 2000 et «Tout sauf les Armes») n'ont pas permis d'enrayer le déclin de la part des pays africains dans les importations de l'UE en raison de la faiblesse des capacités productives des pays ACP, de la persistance des subventions agricoles et des barrières non douanières telles que les normes phytosanitaires.

Les APE interviennent en plus dans un contexte où la balance commerciale du Cameroun est structurellement déficitaire, où la croissance est tirée par le secteur pétrolier et les dépenses publiques. Une ouverture réciproque des marchés pourrait détruire durablement notre tissu agricole et industriel au moment où il a besoin de la plus grande attention pour réaliser son potentiel. Une concurrence frontale entre les producteurs camerounais et européens contribuant à la création d’emplois en Europe… et à la destruction d’emplois au Cameroun. Ce qui réduirait à néant les objectifs des «grandes ambitions».

En raison de la baisse des recettes fiscales et du rétrécissement de la base productive, les APE réduiront aussi la capacité de l'Etat à générer des ressources propres pour financer son fonctionnement et les investissements publics. Par conséquent, le gouvernement n'aura d'autre choix que de taxer davantage les contribuables et solliciter les financements du FMI et de l'UE. Ceci entraînera une montée vertigineuse de l'endettement et le recours aux Programmes d'ajustement structurel (PAS). Un tel scénario réduirait nos marges de manœuvre pour diversifier l'économie et faire face au défi de société que représente l'emploi des jeunes. Sommes-nous prêts, quelques années après l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE, à renouer avec les PAS après l’expérience douloureuse des deux dernières décennies ayant entraîné la destruction du tissu économique et social du Cameroun?

Enfin, les APE pourraient porter un coup fatal à la dynamique d’intégration régionale.

Face à l’innovation des produits de l’UE et aux pertes de recettes fiscales occasionnées par le Cameroun, la réaction des autres pays membres de la CEMAC et de la CEEAC reste imprévisible.

Le libre-échangisme des APE est incompatible avec l'émergence
du Cameroun en 2035

Aucun pays n'est arrivé à l'émergence industrielle grâce au libre échangisme. Comme le montrent la crise des pays du Sud de l'Europe face à la locomotive allemande ainsi que l'incapacité de l'Afrique à tirer profit de la Mondialisation, le libre-échange a pour conséquence la soumission des Etats les plus faibles au diktat des nations les plus avancées. En ce qui concerne le Cameroun, compte tenu de l'accrochage du franc CFA à l'euro, la mise en place d'un accord de libre-échange avec l'Union Européenne équivaudrait à une entrée de facto de notre pays dans cet espace économique au même titre que les DOM - TOM. Or, contrairement aux DOM-TOM et aux Etats les moins avancés de l'UE, le Cameroun ne bénéficiera ni des fonds structurels destinés à corriger les déséquilibres de développement inter-étatiques, ni de la libre circulation de ses citoyens et de sa main-d’œuvre dans l'espace européen. Un tel revirement de notre part serait impardonnable face au verdict de l'Histoire. Car il anéantirait les acquis des cinq dernières décennies ainsi que les sacrifices de nos martyrs.

L'expérience historique montre également que pour passer de la pauvreté de masse à l'émergence économique, les pays avancés ont mis en œuvre des politiques volontaristes destinées à promouvoir les industries naissantes, qu'il s'agisse de l'Europe, des Etats Unis, du Japon, des Dragons asiatiques ou de I'lle-Maurice. Avant la révolution industrielle américaine, les Etats-Unis ont rejeté avec force les propositions britanniques visant à instaurer le libre-échange entre les deux pays. Le Cameroun serait-il aujourd’hui mieux armé que les autres pays pour tirer profit du libre-échange avec le plus grand bloc économique du monde? Pouvons-nous sacrifier l'avenir et l'ensemble de l'économie camerounaise pour protéger la banane de Njombe, l'aluminium d'Edéa et notre bois aujourd'hui encore exporté sans valeur ajoutée significative — et exporté de surcroît par des entreprises étrangères installées au Cameroun?

Mr le Président, au moment où vous souhaitez accélérer la mise en œuvre des «grandes Ambitions s en vue de renforcer la croissance et la création d'emplois, le Cameroun ne saurait, dans une course aussi solitaire que suicidaire, servir de «cheval de Troie» l'UE en Afrique centrale. Votre action ne saurait être associée, ni au sacrifice du bien-être et de l'avenir des populations des sept pays membres de la CEEAC, ni encore moins au chômage de millions de jeunes. Malgré les relations historiques de nos partenaires européens, l'Afrique centrale demeure notre principal point d'ancrage pour la prospérité. Nous ne saurions par conséquent, en temps de paix et en l'absence d'un traité de reddition condamner nos producteurs, nos familles et notre jeunesse à la pauvreté de masse.

Nous n’avons pas le droit de transformer unilatéralement et durablement le Cameroun et l’Afrique centrale en une armée de consommateurs au bénéfice des entreprises installées en Europe et au détriment de celles opérant dans le triangle national et la sous-région. Et compte tenu de la part insignifiante de l'aide de l'UE dans le budget national, nous n'avons pas l'obligation de signer un accord en contradiction avec nos intérêts à long terme. Nous tous, simples citoyens camerounais, gouvernement, partis politiques et organisations de la société civile, avons par contre un devoir: engager de toute urgence un débat vigoureux avant toute décision finale sur la ratification de l'APE.

Mr le Président, permettez-moi de vous suggérer, avec la plus grande humilité et au nom de la jeunesse camerounaise, de résister aux arguments visant à amener le Cameroun à ratifier les APE avec l'Union européenne. Au besoin, toute la nation vous saurait gré d'organiser une consultation populaire par voie référendaire sur l'opportunité ou non d'une ratification de ce «Traité Inégal». Le cas échéant, les représentants du peuple devront prendre leurs responsabilités face à l'Histoire, à leurs familles et aux citoyens camerounais. A mon humble avis, Monsieur le Président, c'est la seule manière de préserver des marges de manœuvre pour l'avenir de notre pays.

Par Eugène Nyambal
Ex-conseiller principal de l'administrateur du Fmi pour l'Afrique

Source : Le jour

 

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 09:43

Jean Ping se réveille deux ans après son départ de l’Union Africaine et dénonce les assassins de Kadhafi, les présidents Africains qui baissent leur pantalon devant les Européens de ceux naviguent dans le voyoutisme.

 

 


 

 

http://www.youtube.com/watch?v=wzGY3JdRbps

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 09:37

Un regard écologiste sur la République Centrafricaine : analyse du conflit et propositions de sortie de crise.

Un regard écologiste sur la République Centrafricaine : analyse du conflit et propositions de sortie de crise

 

Centrafrik1.jpg

Synthèse de réunion du groupe Afrique EELV

 

Le 6 janvier 2014, quatre jours avant la démission du président centrafricain de transition Michel Djotodia, le groupe Afrique EELV s’est réuni afin « de comprendre la situation en RCA, d’envisager des solutions de sortie de crise à court et moyen terme, de discuter des initiatives envisageables dans ce cadre par EELV et par ses parlementaires, de sélectionner éventuellement les informations à transmettre au ministre délégué au Développement ».

 

Etaient présent/es une vingtaine de personnes dont, principaux intervenants de la réunion :

- Jean-Pierre Betindji,Franco-Centrafricain, pasteur, théologien, consultant pour le PNUD sur la RCA

- Victor Bissengue,Centrafricain, historien des pygmées Aka et principal animateur du site Sangonet.com

- Juan Branco,ancien collaborateur du Procureur de la CPI ayant travaillé entre autres sur l’affaire Jean-Pierre Bemba en RCA, reporter de guerre pour Les Inrockuptibles en RCA du 20 au 28 décembre 2013.

- François Passema, Centrafricain, ex-candidat à la présidentielle 1999 en RCA et candidat à la présidentielle à venir, président fondateur du Comité d’Action pour la Conquête de la Démocratie en Centrafrique (CACDCA), ancien collaborateur d’Abel Goumba, aujourd’hui responsable de la Formation du Syndicat des Cadres CGT de la Ville de Paris

- Claude Yabanda,Centrafricain, chef de cabinet du vice-président Abel Goumba entre 2003 et 2005, co-auteur en février 2013 de la Note de la Transnat’ EELV « Pour une résolution multilatérale du conflit en République Centrafricaine ».

 

La conversation s’est organisée pour l’essentiel autour de quatre points :

1. La dissolution historique de l’Etat en RCA 

2. Les ressources naturelles au cœur du conflit 

3. Quelle feuille de route en vue d’un processus de reconstruction de l’Etat en RCA ? 

4. L’avenir politique de la RCA et ce que peut faire EELV 

1. La dissolution historique de l’Etat en RCA

- Pour François Passema, la situation actuelle de dissolution de l’Etat centrafricain est la conséquence logique de la politique appliquée jusque dans les années 2000 par la France, ancienne puissance coloniale.

 

- Claude Yabanda revient sur l’histoire de la RCA. Le 29 mars 1959, la mort dans des conditions suspectes (accident d’avion) de Barthélémy Boganda scelle la mort de son projet d’« Etats-Unis de l’Afrique latine » = grosso modo regroupement des Etats actuellement membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC). En 1960, la République Centrafricaine devient indépendante seule, isolée aux confins de l’Afrique centrale francophone. Le projet de Barthélémy Boganda est à la fois égalitaire et ouvert sur les étrangers, qui ont toujours été nombreux en Oubangui-Chari. Sa devise : « Zo kwe zo » (« Un homme est un homme », i.e. tous les humains sont égaux et doivent être traités de la même manière) en sango, langue parlée par tou/tes les Centrafricain/es. Le programme de son parti fondé en 1949, le Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN) tient en 5 verbes définissant 5 besoins fondamentaux : Nourrir, Vêtir, Guérir, Instruire, Loger.

 

- François Passema reprend le fil des événements. Après la mort de Boganda, tous les présidents centrafricains vont peu ou prou être choisis par Paris : David Dacko (1960-1965 puis 1979-1981), Jean-Bedel Bokassa (1966-1979), André Kolimba (1981-1993), Ange-Félix Patassé (1993-2003), François Bozizé (2003-2012). L’élection présidentielle de 1993, qui voit la victoire d’Ange-Félix Patassé (ancien Premier ministre de Bokassa) devant Abel Goumba (ancien proche de Boganda) est frauduleuse, pilotée par la France. De même que la réélection de Patassé en 1999. En 2003, François Bozizé prend le pouvoir à la faveur d’un nouveau coup d’Etat.

Dès 2006, Bozizé doit faire face à une nouvelle rébellion venue du Nord, pilotée par Michel Djotodia. A partir de 2008-2009, l’Etat perd le contrôle de la quasi-totalité du pays, livré à diverses rébellions où les enfants soldats et les combattants étrangers, notamment venus du Tchad et du Soudan, sont nombreux. Les crimes de guerre sont quotidiens dans un pays où l’Etat et les services publics sont fantomatiques depuis la fin des années 1990. En 2008, Bozizé est obligé de concéder une partie du territoire, située à l’est du pays, à l’UFDR de Djotodia qui y exploite le diamant.

Le 10 décembre 2012, Djotodia rassemble différents mouvements rebelles du pays en une « alliance » Séléka composée de combattants centrafricains et tchadiens. Partie de la frontière tchadienne, bien armée et équipée, la Séléka arrive en quelques jours à Bangui et met en déroute une armée centrafricaine mal équipée et démotivée. La Séléka ne fait pas de prisonniers. Toutes les localités conquises sont pillées, le butin repart en 4×4 à destination du Tchad et du Soudan.

Le 24 mars 2013, Bozizé s’enfuit et Djotodia est porté au pouvoir par la Séléka.

Le 5 décembre 2013, l’intervention française « Sangaris » est décidée face à une situation de décomposition quasi-totale de l’Etat et d’insécurité maximale, avec des centaines de milliers de Centrafricain/es réfugié/es en brousse ou en forêt. Les violences à l’intérieur du pays ont aussi attiré des centaines des milliers de civil/es vers Bangui, ville où près de la moitié de la population est aujourd’hui étrangère. Parmi eux, des Tchadiens, Soudanais ou Africains musulmans issus de pays francophones qui ont dû se replier devant l’avance des milices d’auto-défense « Anti-Balakas » qui, de mieux en mieux organisées, ripostent à l’avance de la Séléka. Les 1600 militaires français sont membres de la Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine (MISCA), force onusienne de 4500 soldats majoritairement issus d’Afrique centrale.

 

Barthelemy-Boganda.jpg

Barthélémy Boganda


2. Les ressources naturelles au cœur du conflit

- Il y a un consensus entre les 5 principaux intervenants pour dire que par-delà les aspects communautaires, régionaux ou religieux, ce qui est en jeu aujourd’hui est principalement la répartition des ressources naturelles centrafricaines (pétrole au Nord ; uranium au centre ; diamant + or à l’Est ; forêt dont le sous-sol est également très riche en minéraux à peu près partout ; eau enfin des fleuves Oubangi, Chari et Uélé, convoitée par le Tchad et par le Soudan) entre les grandes puissances économiques du monde (France, Etats-Unis, Chine, Russie qui essaye de s’inviter…) et les pays africains voisins. Ce partage des ressources d’un Etat extrêmement affaibli est en cours de négociation et il n’est pas encore arrêté. Les garants et intermédiaires centrafricains de cette répartition n’ont pas encore été définitivement choisis. C’est pour cette raison, principalement, que la situation reste très instable. Les combats à Bangui sont d’ailleurs illisibles : il y a des tirs au sein d’un même camp entre différentes mouvances de la Séléka, entre différentes composantes nationales de la Misca.

(à ce sujet, voir cette intéressante cartographie du Monde)

 

- Il y a également consensus entre ces 5 intervenants pour dire que l’information est extrêmement lacunaire en-dehors de Bangui : on ne sait pas ce qui se passe dans les villages éloignés et, vu les horreurs constatées de visu à moins de 100 km de Bangui, il faut s’attendre au pire.

 

- Les 4 intervenants centrafricains estiment qu’il y a eu de la part de la Séléka une politique d’une part de terreur de façon à faire fuir des habitant/es installé/es de longue date dans certaines régions, d’autre part de destruction systématique des archives administratives non musulmanes du pays. Et ce, dans un but déterminé : effacer de la mémoire écrite qui est qui afin qu’au moment de l’établissement des listes électorales, toute personne présente sur le territoire même depuis récemment puisse être considérée comme Centrafricain – il s’agit donc d’une politique délibérée de remplacement d’une population par une autre. Sous l’influence notamment des pays de la péninsule arabique, une politique d’islamisation serait à l’œuvre en RCA, y compris sur le plan éducatif et linguistique (l’arabe se développant à côté du français, comme au Tchad ces vingt dernières années), profitant de l’absence d’Etat. Les combattants djihadistes étrangers venus de ces pays mais aussi du Pakistan ou d’Afghanistan, sont d’ailleurs nombreux aux côtés de la Séléka.

 

- Juan Branco apporte un « très fort bémol » à cette vision, estimant pour sa part que la Séléka ne porte pas véritablement un projet d’islamisation du territoire – Michel Djotodia est d’ailleurs de formation marxiste -, mais que les Anti-Balakas ont quant à eux un discours et des actes très fortement essentialistes à l’encontre des musulmans. Toutefois, il convient avec les 4 autres intervenants que l’Etat centrafricain est aujourd’hui à peu près totalement dissous : il a lui-même constaté que même les principaux ministères (Education nationale, Justice…) ne fonctionnent plus, tandis que la prison centrale de Bangui est aujourd’hui ouverte… ce qui génère une violence criminelle assez permanente, peut-être plus importante même que la violence politique aujourd’hui à Bangui. Il confirme également que la Séléka est désormais contrôlée militairement non plus par Djotodia mais par Noureddine Adam, un Centrafricain musulman du Nord qui a longtemps vécu au Soudan, en Egypte et aux Emirats arabes unis.

 

Centrafrik1
 

Exploitation artisanale du diamant en République Centrafricaine

3. Quelle feuille de route en vue d’un processus de reconstruction de l’Etat en RCA ?

- François Passema voit, dans l’immédiat, un processus en 4 temps :

1. Déploiement d’une force internationale de maintien de la paix d’au moins 12 500 hommes (au moins 500 dans chacune des 16 préfectures de la RCA), tous correctement payés, nourris et équipés (ce qui n’est pas souvent le cas des forces africaines de maintien de la paix) – compte tenu des accusations de partialité dont il fait l’objet, le Tchad ne devra pas être un contributeur essentiel à cette force.

2. Désarmement de la population (car c’est presque toute la population qui est aujourd’hui armée en RCA) et expulsion des combattants étrangers de la Séléka, notamment vers le Tchad et le Soudan.

3. Retour des fonctionnaires dans les administrations et des ONG sur l’ensemble du terrain.

4. Début du recensement électoral.

Ce processus est impossible en moins d’un an.

Les élections sont nécessaires, mais elles ne sont pas la finalité d’un processus de réconciliation dont le premier objectif, au-delà bien sûr de la paix et de la sécurité, doit être la reconstitution d’un Etat fonctionnel.

 

- Victor Bissengue insiste sur le fait que sans désarmement, il n’y a pas de recensement électoral possible.

 

- Claude Yabanda rappelle qu’un million de Centrafricain/es (sur une population totale de 5 millions) ont été déplacé/es par le conflit, une grande partie d’entre eux s’est réfugiée en forêt. Ils ne retourneront pas chez eux sans le désarmement, ce qui rend évidemment tout recensement électoral illusoire avant le désarmement.

Soldats-de-la-MISCA.jpgcentrafrique
 

Soldats de la MISCA  ET LES CHARS FRANCAIS

     (source : http://rpdefense.over-blog.com/)


4. L’avenir politique de la RCA et ce que peut faire EELV

- François Passema, Claude Yabanda et Jean-Pierre Betindji constatent que l’ensemble de la classe politique centrafricaine est discréditée auprès des Centrafricain/es. Une grande méfiance est notamment perceptible à l’égard des anciens Premiers ministres d’Ange-Félix Patassé qui essaient aujourd’hui de se faire bien voir à Paris auprès des grandes formations politiques françaises.

 

- Claude Yabanda insiste sur la nécessité de respecter la Charte constitutionnelle de la transition promulguée le 18 juillet 2013 : il en va de la crédibilité des institutions, qui ont besoin d’être restaurées en RCA. Le cadre de cette Charte, qui prévoit des élections présidentielles en février 2015 après l’établissement d’un fichier électoral entre février et novembre 2014, permet aussi de se donner le temps :

1) de faire émerger, en RCA ou dans la diaspora, des figures politiques qui ne se sont pas discréditées en participant de trop près aux divers régimes Dacko, Bokassa, Patassé, Bozizé… qui ont tous conduit le pays à sa désintégration actuelle ;
2) de réunir les fonds internationaux pour des enjeux aussi considérables que le désarmement de la population ou le retour d’un million de déplacés ;
3) d’organiser une grande conférence internationale sur la reconstruction de la RCA, où les pays riches qui en exploitent les ressources naturelles s’engageraient en contrepartie à financer écoles, hôpitaux, infrastructures… et formation des habitant/es pour le bon fonctionnement et la maintenance de ces équipements – cette conférence pourrait être une initiative de la France, via notamment son ministre délégué au Développement.

 

- Jean-Pierre Betindji estime également qu’au-delà de la réconciliation nationale, le principal enjeu qui attend la RCA demain est la négociation des relations que le pays veut avoir avec ses voisins et avec les pays riches qui viennent exploiter ses ressources naturelles. La RCA doit se donner les moyens d’un partenariat crédible avec chacun de ces pays.

 

- François Passema en est d’accord. Interrogé par le groupe Afrique EELV sur la dimension écologique de son projet pour la RCA, il envisage la création d’un grand ministère de l’Aménagement du territoire qui aurait notamment pour responsabilité de définir les conditions légales d’une exploitation durable des ressources naturelles. Cette définition servirait de base pour les négociations entre l’Etat centrafricain et les multinationales du secteur extractif. Elle aurait pour finalité de garantir aux générations futures des Centrafricain/es la jouissance de leurs ressources naturelles nationales.

 


centrafrik2.jpg 

Forêt dans la région de la Lobaye (République Centrafricaine)

Source : Europe Ecologie les verts

 

 

 

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 09:34

  Tchad : combien de temps la population restera-t-elle otage du pire dictateur de la Françafrique ?

Idriss-Deby-Itno

  Idriss Déby Chef de guerre


Applaudi à Bamako aux côtés de Hollande, Idriss Déby vient d’obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU : le dictateur tchadien sort très renforcé de la guerre au Mali. La lutte contre le ‘djihadisme’ au Sahel est passée par l’alliance de l’armée française avec les troupes claniques d’un chef d’Etat considéré comme l’un des pires dictateurs d’Afrique. Idriss Déby en profite pour se présenter désormais comme rempart contre le terrorisme islamique ou comme sous-traitant potentiel d’opérations militaires ou de maintien de la paix.

L’argent du pétrolea permis le renforcement rapide de l’armée tchadienne depuis 2003, sans que la rente ne profite à la population, même si des infrastructures sortent de terre. Selon International Crisis Group en 2009 [1], « les ressources pétrolières sont devenues pour le pouvoir tchadien une source de renforcement militaire, de clientélisme et de cooptation politiques. Cette situation contribue à verrouiller davantage l’espace politique national et à maintenir le pays dans un blocage persistant qui radicalise des antagonismes entre le pouvoir et ses opposants. » Le pétro-Etat est 184e sur 186 au classement de l’indice de développement humain du PNUD [2]. Le gouvernement tchadien a annoncé le triplement de sa production pétrolière en 2015, ce qui le placerait au niveau du Congo-Brazzaville [3]. Récemment, il a décidé la création d’un fond d’investissement de 50Mds de dollars avec l’aide de Samuel Maréchal, ancien dirigeant du Front National [4]. Cette manne permet à Déby de financer des activités politiques en Afrique à la manière de Khadafi. Il intimide d’autres présidents, en particulier en Afrique de l’Ouest, et fragilise ainsi la démocratie, là où elle commence à s’installer.

Durant l’intervention au Mali, en mai 2013, Idriss Déby a pu écraser le peu d’opposition encore debout sans grande réaction internationale [5]. Cependant, la répression au Tchad en 2013 ou la présence des derniers enfants soldats tchadiens ne sont qu’une infime partie du bilan de 23 ans de règne : la liste des massacres perpétrés par les 10 000 ‘soudards’ de la Garde Républicaine, des exécutions extra-judiciaires, des exécutions d’opposants, des villages brûlés, des prisonniers torturés ou exécutés, est interminable. Un inventaire des crimes est impossible à dresser car les organisations de droits humains n’ont la possibilité d’enquêter que très partiellement au Tchad. Déby a évidemment garanti l’impunité aux exécutants de ses ordres. Il a tout autant l’habitude d’emprisonner ou d’expulser des opposants que de corrompre des journalistes, des militants des droits humains, des politiciens, selon ses besoins, dans son pays et ailleurs.

La majorité des massacres a eu lieu dans les années 90 et sont liés à des guerres contre des rébellions, qui se sont créées en réaction aux massacres précédents, au caractère ethnique de l’armée, puis à l’accaparement des recettes pétrolières par la famille présidentielle et à l’impossibilité d’alternance politique. Une partie des crimes sont des crimes contre l’humanité imprescriptibles. La justice internationale s’est construite dans les années 2000, et Idriss Déby, très soutenu par Chirac jusqu’en 2007, s’est adapté pour éviter d’être poursuivi par la CPI comme l’a été le président soudanais El Béchir [6]. En 1990, la Commission d’enquête nationale avait établi à 40 000 le nombre de victimes du régime Habré. Dès 1993, Amnesty alertait sur la continuité des méthodes des deux régimes [7]. L’impunité de Déby rejoint celle de Habré d’autant plus que, comme Commandant en chef des Forces Armées du Nord, puis conseiller à la sécurité à la présidence jusqu’à sa défection en 1989, il a mené une partie des massacres attribués à Habré, dont ceux du ‘Septembre noir’ en 1984 dans le Sud, et ceux de la région de Guéra dans la répression du MOSANAT entre 1986 et 1988. Idriss Déby a déjà négocié son immunité au procès de Habré aux Chambres Africaines au Sénégal, où il est prévu qu’il intervienne comme témoin [8].

L’armée française a depuis 1990 été aux premières loges pour observer les crimes d’Idriss Déby et pour le protéger. En février 1998, à Sahr dans le Sud du Tchad, après l’enlèvement de 4 français par Mahamout Nahor, des massacres ont été commis sur ordre de Déby avec des soldats français à proximité. Concernant l’assassinat en février 2008 du leader de l’opposition démocratique Ibni Oumar Mahamat Saleh, l’enquête de la juge d’instruction française Emmanuelle Ducos permettra peut-être de connaître les témoignages des deux conseillers français présents et en particulier celui du colonel Gadoullet [9]. L’armée française a maintenu sa collaboration alors que les crimes s’accumulaient, cautionnant ainsi l’impunité, et contribuant ainsi à une banalisation des crimes contre l’humanité. Cette collaboration a aidé Déby à rester au pouvoir, jusqu’aux deux interventions françaises pour le sauver en 2006 et 2008. Par ailleurs, et de façon positive, pour pallier les défaillances de l’Etat tchadien, l’armée française joue un rôle humanitaire et social, grâce à l’hôpital militaire Epervier, ou en intervenant en cas d’incendies ou de catastrophes naturelles [10].

Idriss Déby n’a aucune légitimité démocratique. Il est arrivé par les armes. Il a été installé durablement en 1996 par les experts en fraude électorale français à l’époque où la Françafrique pouvait tout se permettre [11]. Il n’a eu ensuite qu’à profiter de l’expérience des dictateurs en scrutins frauduleux et à écraser toute opposition. La dernière mascarade, en 2011, cautionnée par l’Union Européenne suite au travail de l’expert des élections en dictature, Louis Michel, n’a apporté aucun progrès.

La démocratisation de l’Afrique centrale est actuellement impossible. Les destins du Tchad, de la Centrafrique, du Cameroun, du Congo Brazzaville et du Gabon sont liés. Les dictateurs sont globalement solidaires. Cette situation bloquée est aussi le résultat de l’historique de la politique française dans la région qui a favorisé son approvisionnement en pétrole. Actuellement, l’Union européenne qui souhaiterait commencer à définir sa politique de défense au Conseil européen de décembre, est entraînée par la politique française sous influence militaire dans des alliances avec les dictateurs de la Françafrique. La démocratisation est sacrifiée au profit du renforcement de la sécurité européenne et de son industrie d’armement. Le gouvernement français tente de (re)faire croire que les présidents peuvent construire « la paix et la stabilité » sans considération pour la nature des régimes. Les peuples, privés d’élections crédibles, sont toujours exclus du débat sur leur sécurité. Ainsi, Déby, qui a regagné une certaine ‘légitimité internationale’, se renforce militairement à l’extérieur et a réussi à s’imposer comme acteur incontournable en Centrafrique qu’il avait lui-même déstabilisée [12].

Le 29 octobre 2013, le Tchad subira l’Examen Périodique Universel de l’ONU à Genève [13]. Cet examen, non directement contraignant, permettra de juger de l’avancement de la construction de l’Etat de droit. Idriss Déby, mis en cause et susceptible d’avoir à rendre des comptes, ne fait évoluer son régime que très lentement. Les recommandations pour l’EPU formulées par Amnesty révèlent la nature du régime et l’horreur paralysante que vit la population depuis 23 ans [14]. Même si l’EPU ne vise pas directement à la justice et la vérité pour l’ensemble des crimes du régime tchadien, la mise en œuvre rapide de ses recommandations est essentielle.

Le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique invite le gouvernement français à modifier impérativement sa politique au Tchad dans le sens :
Description : -  d’un arrêt du soutien diplomatique et militaire à Idriss Déby,
Description : -  d’un soutien actif aux démocrates tchadiens, et à la construction de l’Etat de droit selon les recommandations de l’Examen Périodique Universel
Description : -  d’un retrait des troupes françaises du Tchad
Description : -  à l’occasion du procès Habré, d’une transparence sur l’ensemble des crimes observés par des fonctionnaires français au Tchad entre 1982 et 2013, y compris sur les victimes des événements de février 2008 dont Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique 

19 signataires : Forces Vives tchadiennes en exil, Rassemblement National Républicain (RNR, Tchad), Union des Populations du Cameroun (UPC), Comité d’Action pour la Conquête de la Démocratie en Centrafrique (CACDCA), Fédération des Congolais de la Diaspora (Congo Brazzaville), Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD, Djibouti, coalition Union pour le Salut National (USN)), Alliance Républicaine pour le Développement (ARD, Djibouti, coalition Union pour le Salut National (USN)), Ca suffit comme cà ! (Gabon), Mouvement pour la Restauration Démocratique en Guinée Equatoriale (MRD), Forum Citoyenneté Monde arabe (FCMA), Amicale panafricaine, Plateforme Panafricaine, Sortir du Colonialisme, Afriques en lutte, Parti Communiste Français (PCF), Parti de Gauche, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE), Europe Ecologie les Verts.

* * *

English version 

Chad : How much longer will the population be kept hostage by the worst dictator in Françafrique ? 

The subject of applause when he stands beside François Hollande in Bamako, Idriss Déby the Chadian dictator has just won a seat as a non-permanent member of the United Nations Security Council : the Chadian dictator’s position has been very strongly reinforced by the war in Mali. The fight against “Jihadism” in the Sahel desert was waged by an alliance between the French army and clan troops of a head of state considered one of the worst dictators in Africa. As a result of that alliance, Idriss Déby is now positioning himself as a bulwark against Islamist terrorism in Africa or a potential sub-contractor for military and peacekeeping operations.

Money from oil has enabled the rapid strengthening of the Chadian army since 2003, without any of the profits from oil benefiting the population, even if some infrastructure is beginning to appear above ground. According to the International Crisis Group in 2009, “…oil has become a means for the regime to strengthen its armed forces, reward its cronies and co-opt members of the political class. This has further limited the political space available to the opposition and has helped keep the country in a state of political paralysis which stokes the antagonism between the regime and its opponents.” [1] The petro-state is ranked 184th out of 186 in the UNDP’s Human Development Index [2]. The Chadian government has announced a tripling of its oil production by 2015, which would place it at the same level as Congo-Brazzaville [3] . Recently, it decided to create an investment fund of $50 billion with the help of Samuel Maréchal, a former senior member of the French National Front [4]. This windfall allows Déby to finance his political activities, Gaddafi-style, in Africa. He intimidates other presidents, particularly in West Africa, and in this way he undermines democracy wherever it begins to take root.

During the intervention in Mali in May 2013, Idriss Déby was allowed to crush what little opposition still existed in Chad, with very little international response [5]. However, the repression in Chad in 2013, or even the presence of the remaining Chadian child soldiers, constitute only a very small part of the record of Déby’s 23 year reign : the massacres perpetrated by the ten thousand brutish soldiers of the Republican Guard, the extrajudicial executions, the executions of opponents, the villages burnt to the ground, the tortured or executed prisoners, the list is endless. A full inventory of the crimes committed is impossible to compile because human rights organizations have only partial powers of investigation in Chad. Déby has clearly guaranteed impunity to the people who carry out his orders. He is just as much in the habit of imprisoning or expelling his opponents, as he is in corrupting journalists, human rights activists and politicians, wherever he has a need, either in Chad itself or elsewhere.

The majority of the massacres took place in the 90s and were related to internal wars against uprisings which initially resulted from his previous massacres and the ethnic makeup of the army, and then were provoked by the grabbing of oil revenues by the presidential family and the impossibility of political change. Some of his crimes are crimes against humanity and are not subject to a statute of limitations. The international criminal justice system was developed in the early 2000s. Idriss Déby strongly supported by Jacques Chirac until 2007, has adapted his behavior to avoid prosecution by the International Criminal Court similar to what has happened to Sudanese President al-Bashir [6]. In 1990, the National Commission of Inquiry established that Habré’s victims numbered 40,000. As early as 1993, Amnesty Internatioal warned about the continuity of methods between the regimes of Habré and Déby [7]. Déby has inherited Habré’s immunity ; especially since, as Commander in Chief of the Northern Armed Forces and security adviser to president Habré until his defection in 1989, he led some of the massacres attributed to Habré, including those of ‘Black September’ in 1984 in the South, and, the putting down of the MOSANAT rebel movement between 1986 and 1988 in the Guéra region. With regard to Habré’s trial, Idriss Déby has already negotiated his immunity with the Extraordinary African Chambers in the courts of Senegal, where he is expected to testify against Habré [8].

Since 1990 the French army has not only had a front row seat in the observation of Idriss Déby’s crimes, but also in protecting him. In February 1998, at Sahr in southern Chad, after the kidnapping of four French people by Mahamout Nahor, massacres were committed on Déby’s orders with French soldiers nearby. With regard to the assassination in February 2008 of Ibni Oumar Mahamat Saleh, the leader of the democratic opposition, the French judge who led the investigation, Emmanuel Ducos, may well know the versions of the two French military advisors who were present, in particular that of Colonel Gadoullet [9]. As Habrés crimes have increased in number, the French army has continued to cooperate with him, thus comforting his impunity and contributing to a trivialization of his crimes against humanity. This collaboration has helped Déby to stay in power. France has even gone so far as to save him twice through military intervention, in 2006 and 2008. In addition, to overcome the shortcomings of the Chadian government, the French army has played a positive humanitarian and social role with its “Epervier” military hospital, or when it helps in cases of fire or natural disaster [10].

Idriss Déby has no democratic legitimacy. He arrived by force of arms. He was installed permanently in 1996 by French experts in electoral fraud at a time when Françafrique could do anything it wanted [11]. Since then he has learnt profitably from the experience built up by fellow dictators in the practice of fraudulent elections and crushing of all opposition. The last masquerade, endorsed by the European Union in 2011 following the labors of Louis Michel, the expert on how to hold elections in dictatorships, has brought no progress.

The democratization of Central Africa is currently impossible. The fates of Chad, the Central African Republic, Cameroon, Congo Brazzaville and Gabon are linked. Dictators are generally supportive of each other. This blocked state of affairs is also the result of the policy France has historically followed in the region to ensure its own supply of oil. At the moment, the European Union, which would like to start work on the defense policy it intends to present to the European Council in December, is driven by French politics, under military influence, in its alliances with the dictators of Françafrique. Democratization has been sacrificed in favor of strengthening European security and its arms industry. The French government is trying to make believe (once again) that presidents can build “peace and stability” without taking into account the nature of their regimes. The populations of these countries, deprived of credible elections, are still excluded from the debate about their own security. As a result of regaining a little “international legitimacy” Déby has both increased his external military strength and has managed to establish himself as the key player in the Central African Republic he himself destabilized [12].

On 29 October 2013, Chad will undergo the Universal Periodic Review (UPR) of the UN in Geneva [13]. This review, which is not directly binding, will evaluate what progress has been made in the establishment of the rule of law in Chad. Idriss Déby, even when accused directly, and liable to be held responsible, only lets his regime change very slowly. The recommendations made to the UPR by Amnesty International reveal the true nature of the regime and the paralyzing horror that the population has lived through for the last 23 years [14]. Although the UPR does not ask directly for truth and justice for all the crimes committed by the Chadian regime the rapid implementation of its recommendations is essential.

The Collective for Solidarity with Social and Political Struggles in Africa calls on the French government to urgently change its policy towards Chad by :
Description : - Halting its diplomatic and military support to Idriss Déby
Description : - Providing active support to Chadian Democrats, and the establishment of the rule of law according to the recommendations of the Universal Periodic Review
Description : - Withdrawal of French troops from Chad
Description : - On the occasion of the Habré trial, providing total transparency with regard to all crimes reported by French officials in Chad between 1982 and 2013, with details of the victims of the events of February 2008 including those of Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Collective for Solidarity with Social and Political Struggles in Africa 

Notes

1. 26 Aug 2009, International Crisis Group : Chad : Escaping from the Oil Trap, http://www.crisisgroup.org/en/regio…
2. 28 March 2013, International Human Development Indicators, http://hdrstats.undp.org/en/countri…
3. 29 september 2013, Pétrole : le Tchad va tripler sa production, http://financialafrik.com/2013/09/2…
4. 02 October 2013, M&A finance s’active au Tchad, http://africaintelligence.fr/LC-/ho…
5. 09 May 2013, updated 07 June 2013, FIDH, LTDH, APTDH : Chad : Crackdown on a background of militarytensions, http://fidh.org/en/africa/Chad/chad…
6. 2 september 2008, U.N. “Human rights situations that require the Council’s attention : Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Sudan : http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UN…
7. 21 April 1993, CHAD, Amnesty international calls for a full inquiry into army killings in the south in 1993, http://www.amnesty.org/fr/library/a…
8. 30 September 2013, Jean Bernard Padaré : l’avocat qui construit scientifiquement la perte d’Idriss Déby ITNO—Jean-Bernard Padaré, the lawyer who is bringing about the scientific loss of Idriss Déby ITNO”, http://www.ndjamena-matin.com/artic…
9. Septembre 2009, Amnesty : « Disparitions forcées au Tchad—Enforced Disappearances in Chad » : amnesty.fr/sites/default/files/SF09MA084_tchad.pdf, + Amnesty International Report 2009, Chad : Enforced Disappearances, http://www.amnesty.org/en/region/ch…, + 5 March 2013, Survie : Déby redevient fréquentable, l’impunité de ses crimes demeure, survie.org/billets-d-afrique/2013/221-fevrier-2013/article/deby-redevient-frequentable-l
10. 28 July 2011, Vers une redéfinition de la présence militaire française au Tchad ?—Towards a redesign of the French Military Presence in Chad ?” : http://www.france24.com/fr/20110728…
11. Jerôme Grand d’Esnon and André Rouge, Verschave, Noir Chirac, 2002, p225 chap. “Légitimer le frère Déby, bourreau des Tchadiens – Legitimizing brother Déby, Executioner of the Chadians”
12. On 23 & 24 March 2013, the Chadian special forces clandestinely fought against the Central African army and South African soldiers of the FOMAC peacekeeping mission to create an opening in their lines through which the Séléka was allowed to enter Bangui, 8 October 2013, AFP : “La Centrafrique, une affaire de sécurité nationale pour N’Djamena” : http://liberation.fr/monde/2013/10/…
13. 29 October 2013, Chad Universal Periodic Review, U.N. Geneva, http://www.upr-info.org/-Chad-.html
14. 31 July 2013, “Suggested recommendations to States considered in the 17th round of the Universal Periodic Review, 21 October-1 November, 2013”, http://amnesty.org/en/library/asset…

 

Applaudi à Bamako aux côtés de Hollande, Idriss Déby vient d’obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU : le dictateur tchadien sort très renforcé de la guerre au Mali. La lutte contre le ‘djihadisme’ au Sahel est passée par l’alliance de l’armée française avec les troupes claniques d’un chef d’Etat considéré comme l’un des pires dictateurs d’Afrique. Idriss Déby en profite pour se présenter désormais comme rempart contre le terrorisme islamique ou comme sous-traitant potentiel d’opérations militaires ou de maintien de la paix.

L’argent du pétrolea permis le renforcement rapide de l’armée tchadienne depuis 2003, sans que la rente ne profite à la population, même si des infrastructures sortent de terre. Selon International Crisis Group en 2009 [1], « les ressources pétrolières sont devenues pour le pouvoir tchadien une source de renforcement militaire, de clientélisme et de cooptation politiques. Cette situation contribue à verrouiller davantage l’espace politique national et à maintenir le pays dans un blocage persistant qui radicalise des antagonismes entre le pouvoir et ses opposants. » Le pétro-Etat est 184e sur 186 au classement de l’indice de développement humain du PNUD [2]. Le gouvernement tchadien a annoncé le triplement de sa production pétrolière en 2015, ce qui le placerait au niveau du Congo-Brazzaville [3]. Récemment, il a décidé la création d’un fond d’investissement de 50Mds de dollars avec l’aide de Samuel Maréchal, ancien dirigeant du Front National [4]. Cette manne permet à Déby de financer des activités politiques en Afrique à la manière de Khadafi. Il intimide d’autres présidents, en particulier en Afrique de l’Ouest, et fragilise ainsi la démocratie, là où elle commence à s’installer.

Durant l’intervention au Mali, en mai 2013, Idriss Déby a pu écraser le peu d’opposition encore debout sans grande réaction internationale [5]. Cependant, la répression au Tchad en 2013 ou la présence des derniers enfants soldats tchadiens ne sont qu’une infime partie du bilan de 23 ans de règne : la liste des massacres perpétrés par les 10 000 ‘soudards’ de la Garde Républicaine, des exécutions extra-judiciaires, des exécutions d’opposants, des villages brûlés, des prisonniers torturés ou exécutés, est interminable. Un inventaire des crimes est impossible à dresser car les organisations de droits humains n’ont la possibilité d’enquêter que très partiellement au Tchad. Déby a évidemment garanti l’impunité aux exécutants de ses ordres. Il a tout autant l’habitude d’emprisonner ou d’expulser des opposants que de corrompre des journalistes, des militants des droits humains, des politiciens, selon ses besoins, dans son pays et ailleurs.

La majorité des massacres a eu lieu dans les années 90 et sont liés à des guerres contre des rébellions, qui se sont créées en réaction aux massacres précédents, au caractère ethnique de l’armée, puis à l’accaparement des recettes pétrolières par la famille présidentielle et à l’impossibilité d’alternance politique. Une partie des crimes sont des crimes contre l’humanité imprescriptibles. La justice internationale s’est construite dans les années 2000, et Idriss Déby, très soutenu par Chirac jusqu’en 2007, s’est adapté pour éviter d’être poursuivi par la CPI comme l’a été le président soudanais El Béchir [6]. En 1990, la Commission d’enquête nationale avait établi à 40 000 le nombre de victimes du régime Habré. Dès 1993, Amnesty alertait sur la continuité des méthodes des deux régimes [7]. L’impunité de Déby rejoint celle de Habré d’autant plus que, comme Commandant en chef des Forces Armées du Nord, puis conseiller à la sécurité à la présidence jusqu’à sa défection en 1989, il a mené une partie des massacres attribués à Habré, dont ceux du ‘Septembre noir’ en 1984 dans le Sud, et ceux de la région de Guéra dans la répression du MOSANAT entre 1986 et 1988. Idriss Déby a déjà négocié son immunité au procès de Habré aux Chambres Africaines au Sénégal, où il est prévu qu’il intervienne comme témoin [8].

L’armée française a depuis 1990 été aux premières loges pour observer les crimes d’Idriss Déby et pour le protéger. En février 1998, à Sahr dans le Sud du Tchad, après l’enlèvement de 4 français par Mahamout Nahor, des massacres ont été commis sur ordre de Déby avec des soldats français à proximité. Concernant l’assassinat en février 2008 du leader de l’opposition démocratique Ibni Oumar Mahamat Saleh, l’enquête de la juge d’instruction française Emmanuelle Ducos permettra peut-être de connaître les témoignages des deux conseillers français présents et en particulier celui du colonel Gadoullet [9]. L’armée française a maintenu sa collaboration alors que les crimes s’accumulaient, cautionnant ainsi l’impunité, et contribuant ainsi à une banalisation des crimes contre l’humanité. Cette collaboration a aidé Déby à rester au pouvoir, jusqu’aux deux interventions françaises pour le sauver en 2006 et 2008. Par ailleurs, et de façon positive, pour pallier les défaillances de l’Etat tchadien, l’armée française joue un rôle humanitaire et social, grâce à l’hôpital militaire Epervier, ou en intervenant en cas d’incendies ou de catastrophes naturelles [10].

Idriss Déby n’a aucune légitimité démocratique. Il est arrivé par les armes. Il a été installé durablement en 1996 par les experts en fraude électorale français à l’époque où la Françafrique pouvait tout se permettre [11]. Il n’a eu ensuite qu’à profiter de l’expérience des dictateurs en scrutins frauduleux et à écraser toute opposition. La dernière mascarade, en 2011, cautionnée par l’Union Européenne suite au travail de l’expert des élections en dictature, Louis Michel, n’a apporté aucun progrès.

La démocratisation de l’Afrique centrale est actuellement impossible. Les destins du Tchad, de la Centrafrique, du Cameroun, du Congo Brazzaville et du Gabon sont liés. Les dictateurs sont globalement solidaires. Cette situation bloquée est aussi le résultat de l’historique de la politique française dans la région qui a favorisé son approvisionnement en pétrole. Actuellement, l’Union européenne qui souhaiterait commencer à définir sa politique de défense au Conseil européen de décembre, est entraînée par la politique française sous influence militaire dans des alliances avec les dictateurs de la Françafrique. La démocratisation est sacrifiée au profit du renforcement de la sécurité européenne et de son industrie d’armement. Le gouvernement français tente de (re)faire croire que les présidents peuvent construire « la paix et la stabilité » sans considération pour la nature des régimes. Les peuples, privés d’élections crédibles, sont toujours exclus du débat sur leur sécurité. Ainsi, Déby, qui a regagné une certaine ‘légitimité internationale’, se renforce militairement à l’extérieur et a réussi à s’imposer comme acteur incontournable en Centrafrique qu’il avait lui-même déstabilisée [12].

Le 29 octobre 2013, le Tchad subira l’Examen Périodique Universel de l’ONU à Genève [13]. Cet examen, non directement contraignant, permettra de juger de l’avancement de la construction de l’Etat de droit. Idriss Déby, mis en cause et susceptible d’avoir à rendre des comptes, ne fait évoluer son régime que très lentement. Les recommandations pour l’EPU formulées par Amnesty révèlent la nature du régime et l’horreur paralysante que vit la population depuis 23 ans [14]. Même si l’EPU ne vise pas directement à la justice et la vérité pour l’ensemble des crimes du régime tchadien, la mise en œuvre rapide de ses recommandations est essentielle.

Le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique invite le gouvernement français à modifier impérativement sa politique au Tchad dans le sens :
Description : -  d’un arrêt du soutien diplomatique et militaire à Idriss Déby,
Description : -  d’un soutien actif aux démocrates tchadiens, et à la construction de l’Etat de droit selon les recommandations de l’Examen Périodique Universel
Description : -  d’un retrait des troupes françaises du Tchad
Description : -  à l’occasion du procès Habré, d’une transparence sur l’ensemble des crimes observés par des fonctionnaires français au Tchad entre 1982 et 2013, y compris sur les victimes des événements de février 2008 dont Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique 

19 signataires : Forces Vives tchadiennes en exil, Rassemblement National Républicain (RNR, Tchad), Union des Populations du Cameroun (UPC), Comité d’Action pour la Conquête de la Démocratie en Centrafrique (CACDCA), Fédération des Congolais de la Diaspora (Congo Brazzaville), Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD, Djibouti, coalition Union pour le Salut National (USN)), Alliance Républicaine pour le Développement (ARD, Djibouti, coalition Union pour le Salut National (USN)), Ca suffit comme cà ! (Gabon), Mouvement pour la Restauration Démocratique en Guinée Equatoriale (MRD), Forum Citoyenneté Monde arabe (FCMA), Amicale panafricaine, Plateforme Panafricaine, Sortir du Colonialisme, Afriques en lutte, Parti Communiste Français (PCF), Parti de Gauche, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE), Europe Ecologie les Verts.

* * *

English version 

Chad : How much longer will the population be kept hostage by the worst dictator in Françafrique ?

The subject of applause when he stands beside François Hollande in Bamako, Idriss Déby the Chadian dictator has just won a seat as a non-permanent member of the United Nations Security Council : the Chadian dictator’s position has been very strongly reinforced by the war in Mali. The fight against “Jihadism” in the Sahel desert was waged by an alliance between the French army and clan troops of a head of state considered one of the worst dictators in Africa. As a result of that alliance, Idriss Déby is now positioning himself as a bulwark against Islamist terrorism in Africa or a potential sub-contractor for military and peacekeeping operations.

Money from oil has enabled the rapid strengthening of the Chadian army since 2003, without any of the profits from oil benefiting the population, even if some infrastructure is beginning to appear above ground. According to the International Crisis Group in 2009, “…oil has become a means for the regime to strengthen its armed forces, reward its cronies and co-opt members of the political class. This has further limited the political space available to the opposition and has helped keep the country in a state of political paralysis which stokes the antagonism between the regime and its opponents.” [1] The petro-state is ranked 184th out of 186 in the UNDP’s Human Development Index [2]. The Chadian government has announced a tripling of its oil production by 2015, which would place it at the same level as Congo-Brazzaville [3] . Recently, it decided to create an investment fund of $50 billion with the help of Samuel Maréchal, a former senior member of the French National Front [4]. This windfall allows Déby to finance his political activities, Gaddafi-style, in Africa. He intimidates other presidents, particularly in West Africa, and in this way he undermines democracy wherever it begins to take root.

During the intervention in Mali in May 2013, Idriss Déby was allowed to crush what little opposition still existed in Chad, with very little international response [5]. However, the repression in Chad in 2013, or even the presence of the remaining Chadian child soldiers, constitute only a very small part of the record of Déby’s 23 year reign : the massacres perpetrated by the ten thousand brutish soldiers of the Republican Guard, the extrajudicial executions, the executions of opponents, the villages burnt to the ground, the tortured or executed prisoners, the list is endless. A full inventory of the crimes committed is impossible to compile because human rights organizations have only partial powers of investigation in Chad. Déby has clearly guaranteed impunity to the people who carry out his orders. He is just as much in the habit of imprisoning or expelling his opponents, as he is in corrupting journalists, human rights activists and politicians, wherever he has a need, either in Chad itself or elsewhere.

The majority of the massacres took place in the 90s and were related to internal wars against uprisings which initially resulted from his previous massacres and the ethnic makeup of the army, and then were provoked by the grabbing of oil revenues by the presidential family and the impossibility of political change. Some of his crimes are crimes against humanity and are not subject to a statute of limitations. The international criminal justice system was developed in the early 2000s. Idriss Déby strongly supported by Jacques Chirac until 2007, has adapted his behavior to avoid prosecution by the International Criminal Court similar to what has happened to Sudanese President al-Bashir [6]. In 1990, the National Commission of Inquiry established that Habré’s victims numbered 40,000. As early as 1993, Amnesty Internatioal warned about the continuity of methods between the regimes of Habré and Déby [7]. Déby has inherited Habré’s immunity ; especially since, as Commander in Chief of the Northern Armed Forces and security adviser to president Habré until his defection in 1989, he led some of the massacres attributed to Habré, including those of ‘Black September’ in 1984 in the South, and, the putting down of the MOSANAT rebel movement between 1986 and 1988 in the Guéra region. With regard to Habré’s trial, Idriss Déby has already negotiated his immunity with the Extraordinary African Chambers in the courts of Senegal, where he is expected to testify against Habré [8].

Since 1990 the French army has not only had a front row seat in the observation of Idriss Déby’s crimes, but also in protecting him. In February 1998, at Sahr in southern Chad, after the kidnapping of four French people by Mahamout Nahor, massacres were committed on Déby’s orders with French soldiers nearby. With regard to the assassination in February 2008 of Ibni Oumar Mahamat Saleh, the leader of the democratic opposition, the French judge who led the investigation, Emmanuel Ducos, may well know the versions of the two French military advisors who were present, in particular that of Colonel Gadoullet [9]. As Habrés crimes have increased in number, the French army has continued to cooperate with him, thus comforting his impunity and contributing to a trivialization of his crimes against humanity. This collaboration has helped Déby to stay in power. France has even gone so far as to save him twice through military intervention, in 2006 and 2008. In addition, to overcome the shortcomings of the Chadian government, the French army has played a positive humanitarian and social role with its “Epervier” military hospital, or when it helps in cases of fire or natural disaster [10].

Idriss Déby has no democratic legitimacy. He arrived by force of arms. He was installed permanently in 1996 by French experts in electoral fraud at a time when Françafrique could do anything it wanted [11]. Since then he has learnt profitably from the experience built up by fellow dictators in the practice of fraudulent elections and crushing of all opposition. The last masquerade, endorsed by the European Union in 2011 following the labors of Louis Michel, the expert on how to hold elections in dictatorships, has brought no progress.

The democratization of Central Africa is currently impossible. The fates of Chad, the Central African Republic, Cameroon, Congo Brazzaville and Gabon are linked. Dictators are generally supportive of each other. This blocked state of affairs is also the result of the policy France has historically followed in the region to ensure its own supply of oil. At the moment, the European Union, which would like to start work on the defense policy it intends to present to the European Council in December, is driven by French politics, under military influence, in its alliances with the dictators of Françafrique. Democratization has been sacrificed in favor of strengthening European security and its arms industry. The French government is trying to make believe (once again) that presidents can build “peace and stability” without taking into account the nature of their regimes. The populations of these countries, deprived of credible elections, are still excluded from the debate about their own security. As a result of regaining a little “international legitimacy” Déby has both increased his external military strength and has managed to establish himself as the key player in the Central African Republic he himself destabilized [12].

On 29 October 2013, Chad will undergo the Universal Periodic Review (UPR) of the UN in Geneva [13]. This review, which is not directly binding, will evaluate what progress has been made in the establishment of the rule of law in Chad. Idriss Déby, even when accused directly, and liable to be held responsible, only lets his regime change very slowly. The recommendations made to the UPR by Amnesty International reveal the true nature of the regime and the paralyzing horror that the population has lived through for the last 23 years [14]. Although the UPR does not ask directly for truth and justice for all the crimes committed by the Chadian regime the rapid implementation of its recommendations is essential.

The Collective for Solidarity with Social and Political Struggles in Africa calls on the French government to urgently change its policy towards Chad by :
Description : - Halting its diplomatic and military support to Idriss Déby
Description : - Providing active support to Chadian Democrats, and the establishment of the rule of law according to the recommendations of the Universal Periodic Review
Description : - Withdrawal of French troops from Chad
Description : - On the occasion of the Habré trial, providing total transparency with regard to all crimes reported by French officials in Chad between 1982 and 2013, with details of the victims of the events of February 2008 including those of Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Collective for Solidarity with Social and Political Struggles in Africa

Notes

1. 26 Aug 2009, International Crisis Group : Chad : Escaping from the Oil Trap, http://www.crisisgroup.org/en/regio…
2. 28 March 2013, International Human Development Indicators, http://hdrstats.undp.org/en/countri…
3. 29 september 2013, Pétrole : le Tchad va tripler sa production, http://financialafrik.com/2013/09/2…
4. 02 October 2013, M&A finance s’active au Tchad, http://africaintelligence.fr/LC-/ho…
5. 09 May 2013, updated 07 June 2013, FIDH, LTDH, APTDH : Chad : Crackdown on a background of militarytensions, http://fidh.org/en/africa/Chad/chad…
6. 2 september 2008, U.N. “Human rights situations that require the Council’s attention : Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Sudan : http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UN…
7. 21 April 1993, CHAD, Amnesty international calls for a full inquiry into army killings in the south in 1993, http://www.amnesty.org/fr/library/a…
8. 30 September 2013, Jean Bernard Padaré : l’avocat qui construit scientifiquement la perte d’Idriss Déby ITNO—Jean-Bernard Padaré, the lawyer who is bringing about the scientific loss of Idriss Déby ITNO”, http://www.ndjamena-matin.com/artic…
9. Septembre 2009, Amnesty : « Disparitions forcées au Tchad—Enforced Disappearances in Chad » : amnesty.fr/sites/default/files/SF09MA084_tchad.pdf, + Amnesty International Report 2009, Chad : Enforced Disappearances, http://www.amnesty.org/en/region/ch…, + 5 March 2013, Survie : Déby redevient fréquentable, l’impunité de ses crimes demeure, survie.org/billets-d-afrique/2013/221-fevrier-2013/article/deby-redevient-frequentable-l
10. 28 July 2011, Vers une redéfinition de la présence militaire française au Tchad ?—Towards a redesign of the French Military Presence in Chad ?” : http://www.france24.com/fr/20110728…
11. Jerôme Grand d’Esnon and André Rouge, Verschave, Noir Chirac, 2002, p225 chap. “Légitimer le frère Déby, bourreau des Tchadiens – Legitimizing brother Déby, Executioner of the Chadians”
12. On 23 & 24 March 2013, the Chadian special forces clandestinely fought against the Central African army and South African soldiers of the FOMAC peacekeeping mission to create an opening in their lines through which the Séléka was allowed to enter Bangui, 8 October 2013, AFP : “La Centrafrique, une affaire de sécurité nationale pour N’Djamena” : http://liberation.fr/monde/2013/10/…
13. 29 October 2013, Chad Universal Periodic Review, U.N. Geneva, http://www.upr-info.org/-Chad-.html
14. 31 July 2013, “Suggested recommendations to States considered in the 17th round of the Universal Periodic Review, 21 October-1 November, 2013”, http://amnesty.org/en/library/asset…

 

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1956, Premier Colloque des Ecrivains et Artistes Noirs.

Du 19 au 22 septembre 1956 s'est tenu le premier congrès des écrivains et artistes

noirs à la Sorbonne organisé par Alioune Diop.

On pouvait y voir Amadou Hampathé Bâ (Mali), Léopold Sedar Senghor

et Cheikh Anta Diop (Sénégal), Aimé Cesaire et Frantz Fanon (Martinique),

Marcus James (Jamaïque), Richard Wright (Amérique), Jean Price Mars

 

 

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LISTE DES PAYS AFRICAINS ENCORE SOUS

OCCUPATION  ETRANGERE.

 PAYS                         TERRITOIRES OCCUPANTS
ILES CHAGOS                      Royaume-Uni
                                                 (Bases militaires de
                                                  DIEGO GARCIA)

2. ILE SAINTE HELENE         Royaume-Uni

3. ILES CANARIES                   Espagne
 
4. LES AÇORES                        Portugal

5. LES ILES MADERES            Portugal

6. LA REUNION                          France

7. MAYOTTE                                 France
8. CEUTA ET MELILLA               Espagne
Source : Union Africaine

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  CLIQUER: LE CODE NOIR

Ou recopier le lien ci-dessous

http://www.youtube.com/watch?v=XcSxRoCqbmk

 

 

Solomon-290x217

 

Histoires oubliées, histoires occultées

Solomon Northup (1808-1857)

La bande-annonce de 12 Years A Slave en VF 

AU CINEMA EN France à partir du 22 janvier

link

  CLIQUER:  BANDE ANNONCE

Ou recopier le lien ci-dessous

http:http://www.afrohistorama.info/article-la-bande-annonce-de-12-years-a-slave-en-vf-la-biographie-de-solomon-northup-122184090.html

 

 

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Affirmation

 

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  La-pensee-Africaine-Mbombog-Bassong.jpg

http://www.youtube.com/watch?v=b79adXinxYI&feature=share

Mbombog Mbog Bassong* est issu d’une famille fortement christianisée, d’un grand-père maternel chrétien et d’un grand-père paternel chrétien. En 1988, il rencontre Mbombog Nkoth Bisseck qui marque le deuxième tournant de sa vie après celle de Cheikh Anta Diop en 1986 à Paris. Chez ce dernier, il prend conscience de l’importance de l’histoire pour l’éveil de l’Afrique tandis que le premier assure son éducation initiatique. Aussi se décide-t-il de rompre avec le modèle chrétien et découvre, dans la connaissance africaine, un réservoir de savoirs dont l’humanité a à peine tiré quelque enseignement digne d’intérêt.

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simiol.jpg

     

  Mama Simone don't cry:

http://www.youtube.com/watch?v=Yz523NV-lLk

  Libérez Gbagbo:
 

http://www.youtube.com/watch?v=Jz0KXYq5l8g 

 

Massacres en Côte d'Ivoire       

http://www.youtube.com/watch?v=ylZgCoSsIh8

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Liste des principales langues par pays africain


Algérie Arabe, Berbère            
Angola Kimbundu, Umbundu, Siope
Bénin Fon, Yoruba, Gun, Mina, BA’Atonou,

Dendi, Ditammari et Yom
Botswana Setswana
Burkina Faso Mossi, Dioula, Peul
Burundi Kirundi, Swahili
Cameroun Bassa, Bamoun, Fang, Fulani
Cap Vert Criuolo
RCA Sangho, Arabe, Hausa, Swahili
Tchad Sara, Arabe
Comores Shikomoro
RDC Swahili, Lingala, Ishiluba, et Kikongo
Congo Lingala, Kikongo
Côte d'Ivoire Baoule, Bete, Senoufo, Dioula
Djibouti Arabe, Afar, Somali
Egypte Arabe, Nubian
Guinée Equatoriale Fang, Bubi, Créole
Erythrée Afar, Bilen, Kunama, Nara, Arabe, Tobedawi, Saho,
Tigre, Tigrinya
Ethiopie Amharic, Oromigna, Tigrigna
Gabon Fang, Myene, Bateke, Bapounou/Eschira, Bandjabi
Gambie Manding, Wolof, Diola, Fulani
Ghana Ashanti, Brong Ahafo, Twi, Fanti, Ga, Ewe, Dagbani
Guinée Malinké, Susu, Fulani
Guinée-Bissau Criolo, Fulani, Manding, Pepel, Balante
Kenya Swahili
Lesotho Sesotho; Zulu and Xhosa
Libéria Mende
Libye Arabe
Madagascar Malgache
Malawi Chichewa
Mali Bambara, Songhai, Fulani, Arabe, Senoufo,
Malinke
Mauritanie Hassania, Arabic, Wolof, Soninke, Fulani
Maurice Creole, Hindi, Urdu, Hakka, Bojpoori
Maroc Arabe, Berbère
Mozambique Changana, Ndau, Makonde
Namibie Oshivambo, Herero, Nama, Afrikaans
Niger Hausa, Songhai, Arabe, Fulani
Nigeria Hausa, Yoruba, Igbo, Fulani
Rwanda Kinyarwanda
RASD Hassania, Arabe
São Tomé et Principe Forro
Sénégal Wolof, Fulani,Serer, Diola, Manging, Sarakolé
Seychelles Seselwa
Sierra Leone Mende, Temne, Krio
Somalia Somali, Arabic
Afrique du Sud Xhosa, Zulu, Afrikaans, Ndebele, Sesotho sa
Leboa, Sesotho, Swati, Xitsonga, Setswana,
Tshivenda
Soudan Arabe, Nubien, Dinka, Masaleet Shuluk, Nueer,
Zandi,Fur
Swaziland Swazi
Tanzanie Swahili
Togo Ewé, Mina, Kabyé, Cotocoli
Tunisie Arabe
Ouganda Swahili, Luganda, Ateso, Luo
Zambie Bemba, Kaonda, Lozi, Lunda, Luvale, Nyanja,
Tonga
Zimbabwe Ndebele, Shona

Source : Union Africaine