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Le blog de afrohistorama.over-blog.com

Le déclin agri-culturel du Cameroun, une politique agricole en crise.

4 Juin 2011 , Rédigé par afrohistorama, Toute l'histoire sans histoire

 

Luc-banemeck-copie-2.jpgLuc Banemeck Senior Strategist Consultant

 

Le déclin agri-culturel du Cameroun, une politique agricole en crise.

 

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     Tout a été dit  et fait ou presque sur les problèmes de l’agriculture africaine depuis plus de 45 ans. Une formidable machine statistique s’est mise en place pour en analyser les symptômes.

Les meilleurs esprits se sont affrontés pour répondre à plusieurs questions: Pourquoi les politiques agricoles successives n’arrivent –elles pas à répondre aux besoins alimentaires de la population ? Pour quoi les crises sont-elles répétitives ?   Pourquoi notre agriculture ne décolle pas ? Pourquoi l’exode rural  des paysans?

Comme un malheur ne vient jamais seul, nous avons voulu en savoir davantage.

Faire une analyse nous a paru nécessaires à la lumière de l’instabilité actuelle de l’offre mondiale des produits céréaliers qui représentent une large part dans les importations alimentaires et la balance commerciale des pays Africains.

Si nous avons pris le Cameroun comme model de pays en  crise, c’est tout simplement parce que deux événements majeurs viennent de se produire.

-         La grogne des agriculteurs très importante;

-         La hausse vertigineuse des prix des produits à base de céréales et d’autres produits de premières nécessité comme le sucre.

Afin de permettre à nos lecteurs et lectrices de bien cerner cette crise, et ses origines, nous avons demandé à notre Consultant maison Luc Banemeck  de répondre à quelques unes de nos questions.

Afrohistorama : Que pensez-vous des hausses des prix à base des céréales au Cameroun et de la grogne des agriculteurs?

Luc Banemeck : La hausse des prix de ses produits est consécutive à une réduction de l’offre mondiale. Etant dans un marché concurrentiel, c’est le rapport de forces entre l’offre et la demande. Ici on a l’offre qui est inférieure à la demande, donc automatiquement les prix grimpent, et l’équilibre dit Walrasien s’opère. Pas de surprise.

Concernant la grogne des agriculteurs Camerounais, ils ont raisons de «gueuler»,  depuis plus de 20 ans les aides gouvernementales ont diminués, alors qu’ils représentent un pan important de l’économie camerounaise et un acteur contributeur du PIB. Au fil des ans ils sont devenus les parents pauvres de la politique agricoles et les premières victimes de la crise économique. Loin de tout ceci Je pense que c’est toute l’agriculture Camerounaise qui est dans une crise  culturelle, c’est la raison pour laquelle je parle de crise agri-culturelle.

Afrohistorama : Je n’ai jamais entendu de crise de la culture dans l’agricole. Pouvez nous en dire d’avantage ?

Luc Banemeck : Chaque peuple à sa culture politique, scientifique et des pratiques agricoles. Vouloir enjamber sa culture pour celle des autres est généralement suicidaire. Nous Africains avions cette habitude d’aller chercher les solutions de nos problèmes chez les autres. Je pense que c’est une erreur de méthode qui est à l’origine de la plus part de nos problèmes donc  de la crise dans l’agriculture actuelle aussi. Il y a donc  lieu de parler de crise de la culture de l’agriculture et non des moyens, parce que comme nous le savons les gouvernements successifs ont injectés des gros moyens dans le secteur, ce qui ne l’empêche pas  de continuer à souffrir des maux que nous connaissons tous. Donc la crise de l’agriculture n’est pas celle des ressources, mais culturelle et structurelle.

Afrohistorama : Pour quoi parler de crise et d’ajustement technique?

Luc Banemeck : Le terme «crise» est le mieux qualifié. Bien entendu il peut englober un peu ce que l’on veut. Il est utilisé pour désigner une baisse durable du taux de croissance, et une montée concomitante des effectifs de chômeurs. Si l’on accepte cette définition. Il y a bien crise  parce que nous assistons à décroissance du ratio population agricole active/population totale depuis la colonisation et la situation s’est accentuée dans le  milieu des années 1980 suite  à l’application du PAS (Plan d’ajustement structurel).

Afrohistorama : Pouvez-vous nous donner les éléments qui concourent à démontrer cet état de crise ?

Luc Banemeck : Quelle est la situation actuelle de l’agriculture du Cameroun ?  L’agriculture Camerounaise est globalement croissante en volume et valeur dans la production selon les chiffres de la Banque mondiale, mais cette production reste inférieure par rapport à la croissance démographique (décroissance du ratio population agricole active/population totale). Selon la Banque mondiale les rendements et les superficies  ont été améliorés, les exportations agricoles ont régressé, en revanche l’importation de riz, de maïs, et céréales a augmenté de façon exponentielle, Ce qui a accru le déficit de la balance commerciale du pays et réduit la part de l’agriculture dans le PIB. Le PIB par habitant est revenu à celui de 1961. Bref un retour en arrière de 50 ans. Alors comment peut-on mettre des moyens dans choses et ne pas percevoir des améliorations  significatives sur un longue période?

On peut toujours accuser les occidentaux de subventionner  leur agriculture, faire du dumping commercial et de la protection commerciale de leurs marchés agricoles. Il reste néanmoins que revenir à une situation de la période des années d’indépendance, ce la veut dire que nous avons pris un mauvais chemin  et qu’il est urgent de changer si nous ne voulons pas dépendre totalement des livraisons de nourritures des pays du Nord. Car n’oublions pas que plus la population s’accroît plus le problème se complique. Dans 10 ans nous serons peut-être 5 millions de plus.

De plus on note une tendance au vieillissement de la population agricole, à un taux faible des investissements dû à un accès limité au crédit et un faible recours aux intrants. Visiblement c’est un problème culturel et structurel.

A travers la lecture des documents du gouvernement, jusqu’à présent la stratégie du secteur est basée sur la survie de petites exploitations familiales de 1 à 3ha (88%°).

Or traditionnellement ce sont principalement les cultures d’exportations et les cultures vivrières qui ont bénéficiés des mesures de soutien à la production, avec  la crise économique ce soutien  de l’état a reculé en passant de 40% en 1990 à moins de 15% aujourd’hui.

Pour répondre à cette crise les gouvernements ont pris des mesures comme la suppression des taxes de douanes pour l’exportation. Les pays du Nord ont compensés par les régimes préférentiels d’accès à leur marché. Il n’empêche rien ne marche.

Pourtant notre agriculture a beaucoup d’atouts. Seulement environ ¼ des terres disponibles mise en valeur, plus de 60% de la population est active dans le secteur agricole, plusieurs barrages et retenues d’eaux peuvent servir à l’irrigation. Assurément le Cameroun est un pays agricole.

Donc  rien ne sert de vendre des terres agricoles pouvant servir aux Camerounais aux étrangers. Il faut repenser la culture agricole du Cameroun. Car celle qui a cours légale ne permet pas de répondre aux besoins alimentaires, au développement économique et durable du Cameroun. Voilà grosso modo ce que je peux dire sur la situation de l’agriculture camerounaise.

Afrohistorama : Si on vous suit c’est une question de politique agricole?

Luc Banemeck : Oui. La crise agricole  est une crise de la politique  agricole camerounaise. Il s’agit  de l’échec des différentes politiques agricoles mises en place depuis 1960.

Une politique agricole par définition consiste principalement à effectuer des choix stratégiques et opérationnels.

Les politiques agricoles se composent d’un ensemble d’interventions publiques qui portent sur les importations et les exportations de produits agricoles. Elles fixent des objectifs spécifiques tels que l’organisation des marchés intérieurs et régionaux des produits agricoles, de la sécurité alimentaire, de l’emploi agricole et de la répartition géographique des activités dans le cadre culturel Camerounais.  Depuis 1960 les gouvernements successifs ont tout fait sauf tenir compte de la culture agricole du pays, qui aurait dû être améliorée et non ignorée.

Si l’on se penche de prêt sur la formulation du plan actuel dans ce sujet, il y a beaucoup à redire. Cet aspect est absent. Prenons la DSCE (Document de stratégie pour la croissance et pour l’emploi), lorsque vous parcourez ce document, vous constaterez que les objectifs stratégiques agricoles ne sont pas cohérents avec les objectifs opérationnels, alors que c’est un pan important de l’économie camerounaise.

Afrohistorama : Si je vous comprends, vous ne partagez pas ce document qui fixe l’objectif d’un Cameroun émergent et à revenus intermédiaires en 2035 ?

Luc Banemeck : Je sui partisan d’un Cameroun émergent pour n’importe qu’elle date. Mais si on tient compte des objectifs fixés par ce document, j’ai peur que l’objectif de 2035 soit irréalisable.

Une stratégie implique une réponse à un certain nombre de questions.

Ou sommes-nous ? Comment avons-nous fait pour y parvenir, qu’avons-nous fait de bien et de mal, quelles sont les corrections à apporter ? Quel est notre domaine d’excellence ? Autant de question que nous devons répondre pour mettre en place une stratégie crédible. Or le DSCE ne le fait pas. La DSCE ne répond pas aux questions de la crise agri-culturelle.

Afrohistorama : Que propose la DSCE pour l’agriculture ?

Luc Banemeck : La DSCE en matière agricole prône un passage de l’agriculture traditionnelle rurale vers une agriculture semi-intensive et industrielle.

Selon la DSCE, cette politique permettra d’assurer la sécurité et l’autosuffisance alimentaire, approvisionner l’industrie de transformation en créant un marché et une consommation internes pour les filières extraverties, développer les exportations et améliorer la balance commerciale.

A mon avis si une telle politique est appliquée au camerounais, c’est la mort assurée de notre agriculture et le risque d’avoir les mêmes résultats que la politique agricole que les léninistes appliquèrent au lendemain de la révolution Russe de 1917. Où sans tenir compte de la culture agricole des paysans russes, on a utilisé les méthodes industrielles incompatibles avec la culture des paysans.

Afrohistorama : Est-ce que cette crise à uniquement une origine endogène ou il existe d’autres origines qui peuvent être par exemple exogènes ?

Luc Banemeck : Les origines de la crise sont d’abord endogènes avant d’être exogènes. Elles sont endogènes parce qu’elles découlent de la déculturation de l’agriculture camerounaise et exogènes parce que les méthodes d’approche de l’agriculture sont importées.

Est-ce qu’on doit parler de compétitivité pour une agriculture qui est à 88% traditionnelle et sous financée ? Dans une première phase, je crois que non. Pour un paysan c’est du «charabia».  Avant de parler de productivité ou de compétitivité il faut un travail en amont.

Afrohistorama : La critique est facile et l’art  est difficile que proposez-vous en tant que Camerounais pour aider le pays à construire une agriculture capable de répondre aux besoins?

Luc Banemeck : Je n’ai pas la boule de cristal, je n’ai que des propositions. Je propose une restructuration complète de l’agriculture camerounaise sur le plan culturelle, stratégique et opérationnelle. La création d’une bourse agro financière est impérative. Cette bourse qui est une vraie bourse de commerce qui servira à l’autofinancement de l’agriculture et surtout permettra la création d’un vrai statut de l’agriculteur, et des nouveaux métiers dans la filière. Il faut une révolution agropastorale qui tient compte de la culture camerounaise et de l’évolution technique et technologique. Voilà un peut ce que je peux vous dire concernant mes propositions au gouvernement camerounais.

 

 

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B


Monsieur


J'ai été très intéressée par votre article sur l'agriculture au Cameroun.


Je souhaiterais développer un projet d'élevage avicole et agricole dans la région de Mbam.


Je suis belge, mariée à un Camerounais. Nous voulons retourner nous installer au Cameroun afin de réaliser ce projet.


Avez vous connaissance de l'existence d'aides ou/et subsides octroyés aux femmes ?


Avec tout mon respect,


Madame Belombo



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