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Le blog de afrohistorama.over-blog.com

Il était une fois… la révolution. Des actions concrètes à la révolution Par Marie-Louise Eteki Otabela.

30 Octobre 2012 , Rédigé par afrohistorama, Toute l'histoire sans histoire

Il était une fois… la révolution. Des actions concrètes à la révolution Par Marie-Louise Eteki Otabela.

 Eteki Otabela-copie-1

On a beau dire, que le féminisme est mort, que l’Afrique est marginalisée et le nationalisme dépassé, que les Upécistes sont toujours aux prises 50 ans après avec la question de l’union (qu’ils ont d’ailleurs refilé à l’Opposition), les patriotes ont toujours plus d’un tour dans leur sac. J’aime bien leur dernière trouvaille : le principe des sens divers...Ça aussi, ça fait partie des constats. À chacun les siens donc. Ce n’est pas de notre faute si notre combat politique à nous part non seulement de ces constats-là professés par le discours dominant pour adopter la pensée critique. C’est cette théorie qui nous a conduits à la résistance et c’est tant mieux si aujourd’hui tout opposant digne de ce nom veut sortir du régime politique camerounais. Ce n’est pas faute d’actions concrètes. Pour libérer un peuple cela prend plus que des actions concrètes : la Révolution.

I- Du constat...à la description : la pensée critique

L’autre soir, je suis de passage sur Facebook  (furtivement : ce n’est pas notre passe-temps favori) et je reçois cette déclaration : je vous aime, de tout mon cœur, de toute ma force. Amusée, je réponds : Oh là làaaa, je suppose qu’il s’agit de mes idées politiques ? Alors je vais vous les rappeler. Nous partons d’une expérience de vie que nous partageons depuis plus de 60 ans avec des millions de personnes. Et donc chacun de nous fait ses constats : voici ceux de Kamto & co, le dernier venu dans l’arène politique de notre pays. Un Pouvoir qui confisque tout et méprise les citoyens et les citoyennes de ce pays ;  un régime pour lequel la politique se réduit aux mensonges, à la duperie : une démocratie de façade dont les griots patentés et autres indéfectiblement attachés ne veulent pas que l’on reconnaisse l’échec retentissant de sa politique. Un Président de la république qui n’aime pas son pays et passe le plus clair de son temps en villégiature à l’étranger depuis bientôt 30 ans et aux frais du contribuable. Des Gouvernants qui ont échoué dans tous les domaines de la vie nationale et dont la seule préoccupation est de durer le plus longtemps possible au pouvoir pour servir leurs seuls intérêts personnels. Un Pouvoir législatif par décret qui ne relève de moins en moins de la souveraineté du Peuple et un Pouvoir judiciaire qui conçoit des lois mais vit au-dessus de la Loi. Notre constat à nous c’est que 94,9 % de jeunes camerounais veulent aujourd’hui changer ce régime politique parce qu’ils en ont assez de vivre sous un régime totalitaire.

Kamto nous dit ensuite depuis qu’il a démissionné, qu’il veut sortir de ce régime aujourd’hui parce que la Devise nationale a été trahie et la valeur " Travail " abandonnée au profit de la culture de la jouissance. Que la Corruption est institutionnalisée et érigée en mode de gestion juste pour piller la richesse nationale dans l’impunité totale et pour continuer à enrichir une certaine élite. Que les travailleurs qui nourrissent nos villes au prix de leur santé, n’intéressent le Pouvoir que comme " bétail " lors des mascarades électorales et meurent dans la misère de générations en générations. Qu’il n’existe plus aucune infrastructure : ni hospitalières, ni routières ni sportives, ni même des supports de communication dignes de ce nom et encore moins des logements sociaux. Et qu’enfin le miracle économique promis aux Camerounais par le parti- Etat il y a cinq décennies s’est transformé en mirage : des grandes ambitions ...aux grandes réalisations ! Tous nos compatriotes regardent Kamto, sceptiques et lui demandent mais qu’est-ce que tu as été faire là-dedans sachant tout cela et bien plus peut-être? Il répond que la Patrie était en danger et il a été appelé. Nous n’avons pas arrêté depuis 50 ans de dire que non seulement la patrie est en danger mais pire : il n’a pas de patrie du tout parce que nous en avez assez d’être exploité-e-s dans une Nation sous-tutelle.

Kamto et son équipe constatent enfin que nous vivons dans une société qui donne de notre pays une image négative : tout patriote a honte du Cameroun aujourd’hui et pour de nombreux Camerounais, le seul espoir est d’obtenir, par tous les moyens... un visa afin de se sauver de cet " enfer " ! Une société dans laquelle Il existe une fracture sociale profonde entre le pays réel et le pays officiel : des jeunes Camerounais sont massacrés au propre et au figuré... parce qu’ils cherchent souvent à 30/40 ans un premier emploi, ou simplement parce qu’ils crient qu’ils ont faim ! Le tribalisme est la logique de fonctionnement de base : tout est tribalisé : l’organisation territorial du pays, l’organisation ministérielle, les partis politiques, l’admission à la fonction publique, aux concours, aux examens, aux établissements scolaires, aux espaces de loisirs, aux médias, le sport, même notre histoire... l’aménagement des espaces urbains : toute notre vie est bloquée au stade primaire de la tribu. La télévision publique (la CRTV) et le journal " officiel " (Cameroon Tribune) nous assomment toute la journée et assure le lavage de cerveau à coup de folklore tonitruant " le Cameroun c’est le Cameroun " ou de berceuses pour zombies du style : tout va bien madame la ...présidente ! Les médias dits " privés " mais sous contrôle... sont chargées de l’abrutissement par séries B importées ou des danses obscènes qui nous tiennent lieu de culture (dite traditionnelle) et faute d’une seule salle de cinéma dans tout le pays, le football est devenu l’opium du peuple et on s’y abreuve à longueur de journée et de vacances et tous nos enfants et petits-enfants rêvent d’être Eto’o ! Mais la Coordination des Forces Alternatives est partie du même constat fondamental il y a 15 ans : nous en avons assez de survivre dans une Société archaïque en plein 21è siècle !

II- De la théorie ...à la résistance : on a tout essayé

C’est vrai que l’expérience c’est comme donner un peigne à un chauve  surtout dans une société où s’est installée la haine de la pensée. Notre humanité bloquée au stade primitif et primaire de ...développement depuis des siècles ! Alors chacun invente sa théorie du pouvoir et sa pratique de la politique. La dernière en date c’est celle qu’un pur produit du régime m’a sortie l’autre jour sur l’influence déterminante du sexe en politique : rien à voir avec W. Reich. Ici on nous dit qu’en politique, là où d’autres pensent avec leur tête, les femmes elles, elles sentent avec leur Sexe ! Même Senghor n’avait pas osé aller si loin. Et pourtant, il fût sacré " immortel ". Mais comme il n’y a pas de règle sans exception et que ce jeune " Docteur " a bien daigné me reconnaître " un discours structuré et structurant ", j’en profite pour vous renvoyer à ma thèse sur la nature totalitaire de l’Etat camerounais. (Eteki-Otabela : 2001)

Dès 1955 l’Union des Populations du Cameroun, l’UPC est traité " d’organisation communiste et totalitaire inspiré par Ho Chi Minh et Mao Zé Dong, organisation qui sous la direction du violent Félix Moumié organisa et déclencha l’insurrection qui a eu lieu entre le 20 et le 30 mai. Il eut été inconcevable au regard de ces progrès rapides ... de laisser subsister un mouvement totalitaire dans ce Cameroun-là ". C’est dans les archives de la documentation coloniale ! Pourtant en 1949, Um Nyobè de son côté, mettait les Camerounais en garde et rappelait à Soppo Priso que : l’engouement des Camerounais vis-à-vis de la Jeucafra - premier mouvement politique de la « Jeunesse Camerounaise Française » (en 1938) - était juste une occasion de manifester publiquement notre attachement pour la liberté (et non pour la France) et contre le totalitarisme. (Richard Joseph : 1986). Malgré la résistance qu’il organise alors pendant dix ans, 1948-1958 sur toute l’étendue du territoire camerounais avec des relais dans les pays africains et malgré ses plaidoyers à la tribune de l’Organisation des Nations-Unies, le régime totalitaire va être institutionnalisé au Cameroun dès 1962 et y fonctionne jusqu’à nos jours ! En 1996, nous étions deux africains à en faire une analyse systématique. Mzimela Sipo  pour rompre avec la thèse du régime Sud-Africain qualifié juste d’" apartheid " et moi-même pour sortir de "l’autoritarisme " africaniste des Etats postcoloniaux comme le nôtre. Aujourd’hui, il n’y a pas un seul discours " savant " qui ne qualifie l’Etat au Cameroun de régime totalitaire. 

Pour arriver à ce résultat, on a tout essayé. Nous avons fait tant de choses en 50 ans de résistance à ce régime politique : au nom des sans voix, au nom de la majorité de notre peuple – pour dire comme reprend l’ami Kamto aujourd’hui- que nous voulons sortir de ce régime politique sans violence ! Mais à chaque acte posé, par les nationalistes des premières nations,- un roi, Duala Manga Bell a même donné sa vie ! - par l’Eglise d’en bas qui a contribué à l’éveil de millions de consciences, par les nationalistes du mouvement de libération nationale, en particulier ceux de l’Union des Populations du Cameroun, exterminés par milliers dans des Camps de concentration , reconnus enfin comme tels aujourd’hui..., par les socialistes, pas seulement ceux qui sont allés trahir la cause du peuple aux Nations –Unies... mais depuis 1990, ceux qui veulent un Etat de droit et ceux qui voulaient redonner le pouvoir au peuple camerounais. Le Régime nous a toujours répondu par la violence.

 

III- Des actions concrètes... à la révolution : retrouvons-nous !

De la même façon que les nationalistes - par une résistance héroïque - nous ont permis au moins d’avoir une fausse indépendance, les socialistes à leur tour avec un semblant de démocratie - nos oppresseurs ont appelé cela le processus de démocratisation -, ont ré-ouvert la voie au multipartisme, perverti ensuite par nos adversaires avec la reconnaissance de centaines de " partis politiques " qui en réalité, ne sont que de Nouveaux Mouvements Sociaux qui tous ont un seul objectif (politique) : libérer le peuple camerounais dans ses différentes composantes – la jeunesse, les femmes, les travailleurs, les exilés (appelés aujourd’hui Diaspora), ceux qui croient au progrès social ; ceux qui sont sensibles à la misère de notre peuple, une injustice fondamentale d’un peuple travailleur mais qui depuis 50 ans ne récolte que la pauvreté, etc. C’est au nom de ces millions de nos concitoyens, ceux et celles qui nous ont quitté sans demander leur dû, ni une moindre reconnaissance, après tant d’efforts et souvent dans l’anonymat...Au nom des 20 millions de Camerounais qui sont là aujourd’hui, réduits à la survie pour la majorité d’entre nous et surtout, surtout au nom de tous ceux qui viendront après nous et qui nous poussent déjà vers la porte de sortie...

Nous avons réussi à populariser le concept d’alternative politique alors que dans les années 90, il n’était question que d’alternance : le fameux Biya must go. Nous avons travaillé dans le cadre de la Coopération internationale pour organiser une rencontre Panafricaine de la Politique, la Mission canadienne nous a répondu par une fin de non-recevoir... mais nous avons lancé le premier contre-sommet France-Afrique sur le sol africain, au Cameroun en Janvier 2001. Alors en 2004, le Pouvoir en place a refusé d’avoir la première femme à la tête d’un Etat en Afrique. Depuis, nos concitoyens ont massivement boycotté les élections de 2007 avec un record d’abstention historique, et ont refusé de s’inscrire sur les listes électorales d’Elécam en 2011 sachant que même les inscriptions biométriques ne serviront qu’à attribuer de fabuleux marchés publics aux mêmes criminels...Nous avons appelé la jeunesse camerounaise, " les Damnés de la terre " à se lever : ils ont été massacrés dans la rue en février 2008, bien avant le printemps arabe ! Nous avons proposé la tenue d’une Assemblée des peuples camerounais en 2008, le Sénégal a organisé des  " Assises nationales " avant nous ! Nous avons été jusqu’à exiger, avec le Cardinal Tumi, l’ouverture d’un véritable espace de débat politique pour un dialogue national et avons même lancé un  Appel à la Réconciliation nationale avant toute élection à venir !

Puisqu’il n’y a pas moyen de faire entendre raison au président de la République (une dizaine d’organisations ont même demandé sa démission à plusieurs occasions...) et à ses hommes de mains, voici les 10 idées nouvelles que les nouveaux venus en face du totalitarisme vous proposent pour que l’alternative politique devienne enfin une réalité dans ce pays ;

Si vous :

1-faites partie des millions de Camerounais qui ont cru au parti au pouvoir et qui depuis ont déchanté  face à son archaïsme, son immobilisme et à son incapacité à tolérer le moindre débat contradictoire en son sein ou dans le pays ?
2-faites parti de ces Camerounais dont les espérances de changement ont été mal portées ou trahies par une Opposition qui s’est éloignée de son objet premier: la conquête du pouvoir,  et qui refuse de s’appliquer les principes démocratiques qu’elle prétend incarner ?
3-étouffez dans le système politique actuel mais aimez encore le Cameroun et que vous êtes impatients de mettre votre créativité, votre dynamisme et votre fougue au service du Cameroun ?
4-croyez que malgré l’échec cuisant du parti gouvernant et le discrédit de l’Opposition institutionnelle, la politique demeure le seul moyen de parvenir à une alternance démocratique et pacifique, pour remettre le Cameroun sur les rails et les Camerounais au travail ?
5-faites plutôt partie de ces millions de Camerounais qui n’ont jamais compris l’intérêt de l’engagement politique ?
6-êtes lycéen/ lycéenne, étudiante/ étudiant, vous venez d’avoir seize ans révolus et êtes déjà préoccupé (e) par les conditions scandaleuses dans lesquelles l’Etat est sensé assurer votre éducation, les injustices sociales de notre société ; vous avez des appréhensions pour votre avenir et ne supportez plus la résignation de vos aînés, parents et enseignants ?
7-croyez aux vertus de la démocratie participative et trouvez suspect une société dans laquelle tout le monde proclame être d’accord avec tout le monde dans un unanimisme dominant  et ne croyez pas aux « guides éclairés », ni aux « hommes providentiels » et encore moins aux « hommes indispensables ou irremplaçables » ?
8-recherchez un parti qui vous ressemble, un parti alternatif : un parti qui bouge et qui fait bouger la société ; un parti où l’ascenseur social fonctionne : un parti où les « super seniors » quittent la pelouse pour servir de coachs aux générations suivantes ;
9- un parti où être une femme, un jeune est plutôt un atout : un parti dont la force réside dans le débat LIBRE et CONTRADICTOIRE ; un parti capable de mener une opposition RESOLUE, INCISIVE mais LOYALE et REPUBLICAINE ?
10- Alors retrouvons-nous ! Afin que :

- ensemble nous remettions le Cameroun à l’endroit : pour renégocier notre souveraineté nationale !
- ensemble nous restaurions le prestige de l’Etat et de la Justice : en institutionnalisant un Etat de droit !
- ensemble nous rétablissions les libertés inaliénables et les droits socio-économiques : en réorganisant un Cameroun féminin-Pluriel.
Et faisons ensemble ce que nous avons décidé : Convoquer et tenir une Assemblée des peuples camerounais. Ensemble nous allons révolutionner la manière de faire la politique au Cameroun. Autrement dit : " Faire la politique autrement ! ". 

Par Marie-Louise Eteki Otabela -PH.D en Sc. Po, / Présidente de la Coordination des Forces Alternatives

Source : http://www.njanguipress.com/il-etait-trois-foisla-revolution/tous

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M
<br /> le titre originel de cet article est bien: il était trois fois la révolution...:<br /> <br /> <br /> 1- la révolution osirienne (Egyptienne)<br /> <br /> <br /> 2 - la révolution française<br /> <br /> <br /> 3- celle que nous préconisons et dont l' Afrique a besoin aujourd'hui pour sortir de la barbarie dans laquelle l' Occident nous a plongés depuis des siècles...<br />
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