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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 16:51

De la mortifère indiscutabilité du franc CFA : Monnaie, émergence et sociétés.

 holdup a la BEAC                                                            (phot archives)

 

            Imposé à la baïonnette impériale aux temps des colonies, intouchable tout au long de la période dite de décolonisation, imprenable durant les interminables règnes des démocratures après-coloniales, miraculeux survivant de la recomposition monétaire radicale qui a emporté son géniteur et point d’ancre historique le Franc français, le Franc CFA poursuit assez tranquillement finalement son étonnante geste monétaire. Une épopée à la durabilité lancinante initiée avec la zone Franc en 1939 sans que l’on puisse attribuer aux desseins prédateurs naturels d’antan de probants bénéfices économiques et sociétaux, si l’on veut bien s’intéresser à la condition de ses millions d’utilisateurs [forcés] africains. Pareille tranquillité, quasi cadavérique, ne porte pourtant pas le signe d’une optimalité monétaire au sens classique d’une réduction des chocs asymétriques susceptibles de déséquilibrer les marchés, d’une convergence économique, d’une intégration commerciale régionale aboutie. Moins encore signifierait-elle le financement efficient des économies réelles africaines par les mécanismes institutionnels, fonctionnels et incitatifs de la zone, c’est-à-dire, vu par le côté des utilités sociales, l’amélioration par l’investissement de la capacité des acteurs économiques à se rapprocher de leurs espoirs de bien-être matériel.

 

Il n’est que de prendre la mesure des milliards de sommes quotidiennement échangées entre agents économiques, de signes monétaires manipulés dans tous les aspects de la vie de 14 pays africains et des Comores, de flux astronomiques de revenus, de bénéfices, de profits, de dons, d’épargnes, pour sonder bientôt 80 ans d’impact multidimensionnel ininterrompu sur les sociétés africaines. 80 ans d’une gestion interdite au regard du plus grand nombre des usagers, et bien souvent par le passé semblerait-t-il, interdite à ceux qui, arguant d’une légitimité politique confortable à l’instar de SylvanusOlympio, ont cru pouvoir porter une ambition monétaire insoumise. On n’ose évoquer l’absence de la question monétaire dans les débats parlementaires africains à ce jour, parlements pourtant considérés comme les centres de gravité des démocraties naissantes…

Le silence par lequel répondent les décideurs de la zone franc aux différentes critiques africaines et extérieures confine à une forme de mortifère surdité non pas simplement institutionnelle, élitaire, mais de fait sociétale. Car si sur les critères classiques et pas nécessairement endogènes d’optimalité monétaire la zone franc ne satisfait pas aux règles «économistiques» d’une zone d’intégration économique, diversifiée et relativement homogène dans ses productions, associée à des mécanismes d’ajustements marchands par les prix et la mobilité des facteurs (travail et capital), on peut se demander ce qui justifie sa sacro-sainte intouchabilité. Les décideurs de la zone paraissent ignorer superbement la critique argumentée des Africains d’hier à aujourd’hui. De TchundjiangPouemi à Nubukpo, du diagnostic de la répression monétaire à celui de l’improvisation économique[1], sur fond de servitude économique et intellectuelle, les autorités monétaires montrent une insensibilité d’autant plus grande à la critique, que celle-ci viendrait de ceux qui sont les usagers journaliers de cette monnaie ! Ces impedimenta -servitudes de structures- à l’éclosion d’un espace monétaire socialement performant, s’alourdissent pour d’aucuns, parmi lesquels Agbohou[2], du coût insupportable d’un arrimage fixe à l’euro, monnaie forte dont les économies sont sans lien de corrélation conjoncturel avec les économies des pays africains. Les critiques des Africains, Sanou M’Baye ou Demba Moussa Dembelé[3] par exemple, déconstruisent et décryptent les logiques d’enfermement de la zone franc, par l’évasion des capitaux qu’elle facilite, la ponction prédatrice sur les réserves inutilisables pour les objectifs du développement économique et la déresponsabilisation qui découle d’un statut crypto colonial.

Une telle imperméabilité de la zone Franc à la critique contraste avec les apprentissages des autres pays africains ayant opté pour une monnaie nationale, et qui avec l’expérience du temps consommé accumulent un capital cognitif et une expérience dynamique dans l’utilisation de l’outil monétaire.Le seul fait que les élites gestionnaires de la zone se constituent en une noblesse «colo-monétaire» isolée de l’aiguillonfécondant d’une pensée autochtone critique, est symptomatique des malfaçons, caporalisations et disruptions sociétales profondes qui obèrent l’avenir économique des Africains. 

Ces Africains ont encaissé, dans la honte bue pour tous ceux qui préservent un minimum de dignité résiduelle, la leçon du président français le 12 octobre 2012 à Dakar, président pourtant présumé par beaucoup bénéficiaire en chef de l’architecture de la zone franc. Celui-ci affirmait ni plus ni moins que les pays africains devaient assurer une gestion plus active de leurs monnaies et réserves mobilisées pour la croissance et l’emploi ! L’opportunité était inespérée de demander courtoisement au président français d’accorder ses actes avec ses paroles. La stupéfiante absence de réaction africaineofficielle ne plaide guère pour une rationalité justiciable de l’intérêt collectif ... Ce d’autant que le précédent président Sénégalais, M. Wade, avait pris position publiquement pour une sortie de la zone !

 

L’abandon de la politique monétaire au pilotage et aux objectifs externes à la zone (décalcomanie des normes de la BCE, adoption des stratégies discursives européennes, monétarisme, …), est d’autant moins compréhensible que la plupart des pays africains de la zone franc se réclament désormais de politiques dites «d’émergence», certes comme d’une contagion terminologique se substituant aux anciens mots d’ordre : développement, industrialisation, lutte contre la pauvreté, etc. Sans questionner ce concept suspect d’un nouvel occidentalocentrisme -émerger à quoi, à qui, pour qui, suivant quels critères… ?-, l’assaut est donné pays après pays, bientôt buissonsaprès villages. Par-delà une passion si ostensiblement ardente il est incompréhensible que la contradiction frontale opposant les politiques de la zone Franc et celles des pays dits émergents ne saute aux yeux des décideurs africains : tous les pays dits émergents disposent d’une monnaie nationale, Réal, Yuan, Rouble, Rand, Roupie et pratiquent des politiques monétaires plus ou moins volontaristes. Comment alors concilier le discours sur l’émergence avec le défaut rédhibitoire des pays de la zone s’ils devaient s’inspirer des pays à industrialisation et transformation économique rapides ? Simple affichage politicien, renouvellement rhétorique, incantation ?

 

Plus généralement, les peuples, élites et décideurs de la zone devraient méditer l’étrange singularité de leur situation monétaire, contre intuitive à toutes les acceptions minimales de la souveraineté, de la responsabilité ou de la décolonisation. L’indiscutabilité de la gestion du CFA raconte l’histoire de millions d’usagers d’une monnaie imposée depuis près de 80 ans, et l’impossibilité d’action des sociétés sur un instrument quotidien de compte, d’échange, de réserve de valeur, d’usages culturels foisonnants, qui modèle leur bien-être matériel. Ces sociétés s’habituent ainsi à se détourner des composantes essentielles de leur bien-être, déléguant un domaine qui devrait être celui de leur génie et de leur énergie créatrice, aux improvisations, captations, ententesprédatrices d’une oligarchiepolitique et bancaire dupliquant, répliquant pour de menus expédients, le formalisme monétaire autorisé. Le CFA, zone monétaire et monnaie d’usage consacre l’extériorité des Africains à eux-mêmes, extériorité à un argument essentiel de leur richesse, dans une économie globale de «la haine de soi». Sortir de cette indiscutabilité serait donc faire un pas décisif vers la prise en charge des questions non seulement monétaires, mais plus généralement des paramètres forts mâtinant les conditions d’existence collective. Autrement, les risquesne seraient pas moindres d’une forme de schizophrénie sociale aigue, d’une insouciante irrationalité collective, développée par des populations et élites présumées attachées à la démocratie et au «développement» et abandonnant les rênesde l’actionoù s’exprimeraient précisément l’équation de leurs besoins et intérêts.

Le CFA ne devrait pas se murer en une zone d’exclusion intellectuelle, en dehors de toute critique et de l’investissement des Africains, sauf à affirmer que le sort économique de la majorité des Africains serait trop sérieux pour que les concernés se l’approprient. Le CFA comme unité monétaire, comme zone monétaire, espace colonial historique, lieu d’une production intellectuelle sous l’emprise des représentations savantes externes aux Africains est un lieu privilégié où devrait s’exprimer un travail de décolonisation des imaginaires, des esprits, une libération de la pensée endogène africaine, les chercheurs, érudits, économistes, sociologues, historiens, psychologues, anthropologues, politiques, militants, associations prenant en charge de transformer, de subvertir un bastion des «jours étrangers» et des rentes mortifères, en pôle d’exercice d’une créativité africaine pour son propre compte. 

La discutabilité appelée de la zone Franc pourrait dépasser les frontières monétaires et produire des bénéfices sociétaux supérieurs, des externalités positives en termes d’économistes, libérant des voix, des projets, des conceptions et catégories originales d’intellection du devenir des sociétés africaines.

Par Ze Belinga, économiste, sociologue, auteur,

Co-promoteur de la pétition www.zone-franc-libre.org.

 

 



[1] Lire Joseph TchundjiangPouemi, Monnaie, servitude et liberté, 1980 Menaibuc et Kako Nubukpo, L'improvisation économique en Afrique de l'ouest, Karthala 2011. 

[2] Lire Nicolas Agbohou, Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, Edition solidarité mondiale, 2000.

[3] Lire, Demba Moussa Dembélé, Le Franc CFA en sursis, in Le Monde diplomatique, juillet 2010.

 

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5. LES ILES MADERES            Portugal

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Mbombog Mbog Bassong* est issu d’une famille fortement christianisée, d’un grand-père maternel chrétien et d’un grand-père paternel chrétien. En 1988, il rencontre Mbombog Nkoth Bisseck qui marque le deuxième tournant de sa vie après celle de Cheikh Anta Diop en 1986 à Paris. Chez ce dernier, il prend conscience de l’importance de l’histoire pour l’éveil de l’Afrique tandis que le premier assure son éducation initiatique. Aussi se décide-t-il de rompre avec le modèle chrétien et découvre, dans la connaissance africaine, un réservoir de savoirs dont l’humanité a à peine tiré quelque enseignement digne d’intérêt.

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Erythrée Afar, Bilen, Kunama, Nara, Arabe, Tobedawi, Saho,
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Ethiopie Amharic, Oromigna, Tigrigna
Gabon Fang, Myene, Bateke, Bapounou/Eschira, Bandjabi
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Ghana Ashanti, Brong Ahafo, Twi, Fanti, Ga, Ewe, Dagbani
Guinée Malinké, Susu, Fulani
Guinée-Bissau Criolo, Fulani, Manding, Pepel, Balante
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Libéria Mende
Libye Arabe
Madagascar Malgache
Malawi Chichewa
Mali Bambara, Songhai, Fulani, Arabe, Senoufo,
Malinke
Mauritanie Hassania, Arabic, Wolof, Soninke, Fulani
Maurice Creole, Hindi, Urdu, Hakka, Bojpoori
Maroc Arabe, Berbère
Mozambique Changana, Ndau, Makonde
Namibie Oshivambo, Herero, Nama, Afrikaans
Niger Hausa, Songhai, Arabe, Fulani
Nigeria Hausa, Yoruba, Igbo, Fulani
Rwanda Kinyarwanda
RASD Hassania, Arabe
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Sénégal Wolof, Fulani,Serer, Diola, Manging, Sarakolé
Seychelles Seselwa
Sierra Leone Mende, Temne, Krio
Somalia Somali, Arabic
Afrique du Sud Xhosa, Zulu, Afrikaans, Ndebele, Sesotho sa
Leboa, Sesotho, Swati, Xitsonga, Setswana,
Tshivenda
Soudan Arabe, Nubien, Dinka, Masaleet Shuluk, Nueer,
Zandi,Fur
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Togo Ewé, Mina, Kabyé, Cotocoli
Tunisie Arabe
Ouganda Swahili, Luganda, Ateso, Luo
Zambie Bemba, Kaonda, Lozi, Lunda, Luvale, Nyanja,
Tonga
Zimbabwe Ndebele, Shona

Source : Union Africaine