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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 01:54

Cameroun : Regroupement et rupture politiciens : où va l’opposition ?

Biya-opposition

 

           Il ya quelques années, les jeunes kamerunais, mineurs pour la plupart, s’étaient engagés à fond à la recherche d’une société démocratique. Vingt ans plus tard, ils sont adultes et leur combat demeure identique. Il est vrai, les luttes de libération ou de mieux-être sont parfois longues, mais avec le temps, les protagonistes acquièrent aussi de la maturité au combat. Aujourd’hui où notre opposition patine et a de la peine à avancer, il nous arrive de nous demander si  l’opposition, au-delà des contingences, voudrait capitaliser les erreurs d’hier ;  si elle voudrait s’enrichir de son expérience de terrain et celle des autres, à travers le monde, afin de potentialiser les luttes au Kamerun et surtout se positionner avec plus de succès aujourd’hui.

En effet, dans la situation socio politique actuelle qui se complexifie de jour en jour et parfois s’alourdit de sourdes menaces qui pèseraient sur la Nation en cas de disparition subite du « père », nous sommes ahuris des tâtonnements stratégiques et même tactiques de l’opposition. Peut-être mise-t-elle, qu’en cas d’absence de Paul Biya, un boulevard « magique » et pacifique s’ouvre pour son couronnement !

A cela, le politologue Hans de Marie Heungoup répond : « C’est un vœu pieux, la lumpen bourgeoisie bureaucratique présidentielle fera que même en l’absence de Paul Biya le système gouvernant se perpétue. Et au besoin sollicitera les services de l’armée. Dans ce cas de figure, on se dirigera vers une transition néoconservatrice, ce qui signifie qu’on changera de dirigeant, mais pas de système gouvernant. (…), seul un mouvement social ou une révolution seront à même de conduire le Kamerun vers une transition où le dirigeant qui en sera élu sera l’émanation du peuple. Et même là, il est fort à parier que les choses ne se passeront pas pacifiquement. » (1).

A côté, Owona Nguini, répète depuis toujours : «L’alternance pacifique à la tête du Cameroun est durablement impossible. » (2).

Et Manassé Aboya Endong, d’ajouter : « Paul Biya est à la tête d’un pays potentiellement explosif » (3).

Il n’y a que des revenants thuriféraires tel Pr A. Kontchou Kouomegni pour naviguer à contre courant de plusieurs indicateurs : « L’alternance va se dérouler dans la paix et la stabilité » (4).

Mais au-delà de tant de problèmes que doit résoudre l’opposition afin d’affirmer son efficacité politique et de retrouver les faveurs des masses populaires, nous dirons que deux problématiques têtues et incontournables se dressent irrésistiblement sur notre chemin, à savoir :

- S’associer et s’organiser avec quelles forces politiques ?

- La question du leadership politique.

Certains de nos analystes, brillants et sérieux, affirment, comme Ghonda Nounga, que le meilleur regroupement des forces d’opposition au Rdpc devrait être : « non pas de regroupements impotents par essence comme le G7, mais d’un large front de forces qui représenteraient les intérêts matériels et moraux de tous les exploités de la société, de tous ceux aux dépends de qui se fait l’organisation actuelle de la société. Par son ancrage dans les classes sociales ci-dessus évoqué, ledit front se constituera en une organisation potentiellement progressiste et révolutionnaire. Encore faut-il que cette potentialité soit effectivement réalisée par l’action concrète ! »(5). Faisant écho à cette réflexion, Yimgaing Moyo, président du Moci (Mouvement citoyen), renchérit : « Je pense qu’il faut appuyer la mise sur pied des structures politiques qui auront pour finalité de renforcer le patriotisme, de lutter contre le néo colonialisme, et qui visent la recherche des structures monétaires communes et le panafricanisme. C’est ce qui faut pour combattre ce régime. » (6)

D’autre part, l’autre volet de la problématique de la déliquescence de l’opposition est la question du leadership politique, pour laquelle Maurice Kamto regrette que : « la lutte inavouée pour le leadership partisan et personnel absorbe le gros des énergies et distrait finalement de l’essentiel qui est la création des conditions de l’alternance dans notre pays. » (7).

Du G7 au Pacte républicain 

L’avènement du G7, malgré d’autres multiples tentatives infructueuses, n’a point laissé indifférent des observateurs politiques. L’ouverture à la société civile et surtout la production d’un Code électoral alternatif ont été bien accueillis et ont confondu ceux pour qui l’opposition ne faisait jamais des propositions. Mais sa dislocation si tôt, renforce malheureusement l’appréhension de ceux qui pensent que l’âge d’or de l’opposition Kamerunaise est révolu à jamais…

Néanmoins, au-delà de toutes les justifications qui seront évoquées de part et d’autre par les associés d’hier dans le G7, émergent avec récurrence les péchés infantiles de l’hégémon oppositionnel kamerunais : l’incapacité tactico-organisationnelle et le manque de différenciation entre le fait réel-objectif et le fait historique.

Pour cette incapacité tactico-organisationnelle, nous répétons qu’il est « illusoire », même si l’analyse est vraie, de refuser de s’associer avec les forces politiques disponibles du G7, parce que : « Fondamentalement, ce regroupement appartient à la mouvance néocoloniale, tant par l’appartenance antérieure de tous ses dirigeants à l’UNC d’Ahidjo que par la nature intrinsèquement libérale des programmes et propositions politiques et économiques des partis. »(8). Car, aujourd’hui, comme hier, nous menons des batailles politiques avec le Kamerun réel, tout en espérant le transformer.

Et comme les faits sont têtus, rappelons-nous, même les tentatives de regroupement de ceux qui se ressemblent n’ont pas été si prometteuses : La Convergence des forces démocratiques et progressistes (Cfdp). Assurément, nous puisons dans notre passé politique, sans délaisser ce que historiquement l’Humanité a produit :

- En 1956, en plein délire sanguinaire des colonialistes et leurs agents locaux sur les patriotes kamerunais, Um Nyobè, connaissant bien Soppo Priso et Assalé, n’a pas lésiné d’associer le Mouvement upéciste dans le Courant d’Union Nationale, jusqu’à la faillite anti patriotique de ces deux leader ;

- En 1962, dans la « Voix du Kamerun » J.M. Tchaptchet demandait d’ « unir tous ceux qui doivent et peuvent s’unir »(9)

- En 1992, L’Upc dirigée par Michel Ndoh s’est engagée dans l’Union pour le Changement et s’est rangée derrière le candidat Fru Ndi ;

- En 1980, le Parti communiste français (Pcf), bien que connaissant très bien François Mitterand, a signé le Programme Commun qui permit l’accession de la gauche au pouvoir en 1982 en France ;

- En 2011, le candidat-président, le sandiniste et marxiste Daniel Ortéga a été élu à la présidentielle de novembre 2011 sous la bannière de l’Alliance Nicaragua Unida Triunfa (le Nicaragua Uni Triomphe) à 63%. Tandis qu’en 2006, il fut seulement crédité lors de son élection à la présidence de son pays à 38% des voix. Notons que ce raz-de marée sandiniste est le fruit de l’alliance des Sandinistes avec la puissante Eglise Catholique du Nicaragua. Et novembre 2012, le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN), a aussi remporté à 75% des voix, les municipales au Nicaragua.

Enfin sachons différencier le fait réel-objectif qui révèle que dans l’opposition kamerunaise, les forces de gauche s’y trouvent également comme celles de la droite ou du centre-droite, mais l’analyse nous commande de bien apprécier le concret, le rapport de forces et l’avenir immédiat. Delà, hormis ses fondamentaux, les forces de gauche ne pèsent pas suffisamment sur l'échiquier politique national. Ainsi la modification du rapport de forces ne pourra se faire qu’en alliance avec d’autres forces disponibles, indépendamment de leur substrat, à condition que nous soyons sur un programme commun : d’abord la déchéance du Rdpc.

La lutte des classes ne sera pas reniée en tant que tel, mais deviendra une contradiction secondaire entre nous et nos partenaires ponctuels de droite ou sociaux-démocrates. Car entre cette lutte des classes et la déchéance des anti-patriotes, un vrai patriote a-t-il objectivement à hésiter ?

Um Nyobè nous a appris que : « notre lutte de libération nationale peut être comparée à un grand magasin. Un magasin qui ne renferme qu’une seule espèce de marchandises n’est pas un magasin. C’est une boutique ou section du magasin. Une telle installation ne peut pas satisfaire toute la clientèle. La victoire serait impossible si nous prétendons mener la lutte sur un seul front. Ce serait le cas d’un corps vivant qui prétendrait fonctionner avec un seul membre. » (10)

D’autre part, le leadership politique est semblable à une montagne qui s’est établie au gré du hasard ou le contexte, mais surtout par un travail de terrain. Une montagne n’a point besoin d’être cherchée ou recherchée, peut-être pour ceux qui sont nourris des ambitions inavouées…

Hier, quand Um Nyobè disait : « l’Upc, avant-garde du nationalisme kamerunais » (11), et surtout que « tout « nationalisme kamerunais » qui ne s’appuiera pas sur notre Mouvement ne sera qu’un « nationalisme de bouche et de démagogie » » (12), il s’est trouvé toujours d’autres compatriotes qui se sont opposés à Um. Mais, quel est le sens de l’Histoire aujourd’hui ?

Aujourd’hui, comme hier, un leadership politique existe dans l’opposition kamerunaise, malgré ses limites, sa forme ou son contexte de construction. C’est le Social Démocratic Front (Sdf). Ne pas le reconnaître risque de faire un jeu inavoué… En plus un leadership politique n’est pas immuable…

Pour cette ènième tentative de regroupement de l’opposition, nous sommes d’accord avec Albert Dzongang : « Le G7 regroupe tous ceux qui ont pris conscience de ce que le peuple camerounais veut que chacun taise ses ambitions égoïstes au profit de l’intérêt général de notre pays.

Dans ce cas, refuser que le Sdf est aujourd’hui le premier parti de l’opposition, tant sur le plan de l’antériorité que sur celui de l’implantation, et que son président est ce qu’on appelle dans d’autres pays démocratiques le chef de l’opposition, relève de la mauvaise foi et d’une ambition personnelle démesurée. Cette attitude aurait pour but de casser la dynamique qui s’est mise en marche à la demande des Camerounais. » (13).

Ainsi, nos fondamentaux doivent nous servir à mieux assimiler la réalité socio- politique kamerunaise pour la transformer, que de continuer à l’interpréter.

En plus de ces deux problématiques, nous évoquerons celle du vaillant peuple kamerunais qui est aujourd’hui dessiné sous plusieurs coutures rétrogrades. Non, le peuple kamerunais n’a point baissé les bras pour sa libération, mais il serait devenu sceptique face aux entrepreneurs politiques parfois ambigus, dilettantes ou ondoyants. Puisqu’après les années de braises, où il a supporté tant de sacrifices, tout seul il a affronté la soldatesque du Rdpc en 2008, lorsque les leaders-opposants se cachaient ou se désolidarisaient du mouvement en le taxant de spontané ou de douteux. Pourtant, Lénine claironnait : « Nous serions des « politiques » et des social-démocrates qu’en paroles (comme cela se produit bien trop souvent en réalité), si nous ne comprenions pas que notre tâche est d’utiliser toutes les manifestations de mécontentement quelles qu’elles soient, de recueillir et d’élaborer jusqu’aux moindres éléments une protestation, fut-elle embryonnaire. » (14).

Et, désormais, l’abstention du peuple aux échéances électorales est une attitude éminemment politique. Néanmoins notre peuple continue le combat, mais désormais pour sa survie quotidienne. C’est à nous de lui redonner confiance et de convertir ses luttes, désormais de quotidienneté, en combat politique.

En cela Lénine disait, encore: « En effet, jusqu’à présent, personne encore, semble-t-il, n’avait douté que la force du mouvement contemporain ne fût dans l’éveil des masses (…) et sa faiblesse dans le manque de conscience et d’esprit d’initiative des dirigeants révolutionnaires. » (15).

Par   David Ekambi Dibonguè 

 

- 1- Rodrigue N. Tongue, Hans de Marie Heungoup « Paul Biya tient sa longévité au pouvoir des forces armées et de la corruption » in Le Messager du Lundi 29 octobre 2012 ; p, 9-10

- 2- Parfait Tabapsi et Serge D. Bontsebe, M. E. Owona Nguini : « L’alternance pacifique à la tête du Cameroun est durablement impossible ». In Les Cahiers de Mutations. Vol 074. Octobre 2011. P-P, 10-11

- 3- Georges A Boyomo, Manassé Aboya Endong : « Paul Biya est à la tête d’un pays potentiellement explosif ». Mutations n° 3275 du lundi 05 novembre 2012. P, 11

- 4- Georges A Boyomo, A. Kontchou Kouomegni : « L’alternance va se dérouler dans la paix et la stabilité » Mutattions n° 3288 ; jeudi 22 novembre 2012, p : 12-13

- 5- Lire dans ce numéro Ghonda Nounga, Kamerun : manifeste pour un front des forces progressistes et panafricanistes révolutionnaires

- 6- Younoussa Ben Moussa, Yimgaing Moyo : « Ils n’ont pas la même idéologie », in Le Jour n° 1267 du vendredi 07 septembre 2012 ; p, 3

- 7- Maurice Kamto, L’opposition camerounaise et la crise du leadership. Le Jour n° 1312 du lundi 12 novembre 2012. P, 9

- 8- Ghonda Nounga, Kamerun, Ibd

- 9- J.M. Tchaptchet, Pour que çà change. In La Voix du Kamerun n° 9 et10 Juin-Juillet 1962, p, 3

- 10- Ruben Um Nyobè, Ecris sous maquis. L’HARMATTAN. p, 259

- 11- R. Um Nyobè, ibd, p, 143

- 12- R. Um Nyobè, ibd, p, 195

- 13- M. Eclador Pekoua, Albert Dzongang: « Le partage des voix lors des manipulations électorales ne m’est pas favorable » Ouest Echos n° 761 du 20 au 26 novembre 2012. P, 6-7

- 14- Lénine, Que faire ? Les questions brûlantes de notre mouvement. Les Editions du Progrès. p, 120

- 15- Lénine, ibd. P, 37

 

 

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Didier Fomete 07/01/2013 09:43



L’opposition camerounaise n’a pas un homme de mesure et de réalisme comme le président Biya donc il serait difficile que cette opposition prenne le pouvoir le successeur du président ne viendrait
que du RDPC et de celui qui aura su et qui sera capable de suivre les traces du président. Et celui là est déjà connu mais le président le dira au terme de son mandat.

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Mbombog Mbog Bassong* est issu d’une famille fortement christianisée, d’un grand-père maternel chrétien et d’un grand-père paternel chrétien. En 1988, il rencontre Mbombog Nkoth Bisseck qui marque le deuxième tournant de sa vie après celle de Cheikh Anta Diop en 1986 à Paris. Chez ce dernier, il prend conscience de l’importance de l’histoire pour l’éveil de l’Afrique tandis que le premier assure son éducation initiatique. Aussi se décide-t-il de rompre avec le modèle chrétien et découvre, dans la connaissance africaine, un réservoir de savoirs dont l’humanité a à peine tiré quelque enseignement digne d’intérêt.

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Source : Union Africaine