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Cameroun - Le Cardinal Christian Tumi: «Si j’étais Biya, je ne serai pas candidat»

16 Juin 2011 , Rédigé par afrohistorama, Toute l'histoire sans histoire

Christian-Tumi.jpgCardinal Christian Tumi

 

  «Si j’étais Biya, je ne serai pas candidat»


…car le Président qui ne recherche pas la prospérité des citoyens doit être écarté du pouvoir.
« Si quelqu’un veut être riche, qu’il ne devienne pas fonctionnaire »
La justice camerounaise « est corrompue »
« je n’ai jamais vu des élections organisées avec transparence au Cameroun »
Les partis politiques de l’opposition « n’ont pas le courage de s’affirmer »
La société civile « est faible »
La politique de la France au Cameroun est « de réussir l’assimilation culturelle des anglophones ». Les anglophones sont « marginalisés, ils sont traités comme des citoyens de 2ème degré. Dans l’administration publique, ils sont des adjoints ; c’est rare qu’ils occupent des ministères importants comme les Finances»
« à Elecam, il y a deux responsables : un directeur des élections et un président. Je ne sais pas qui fait quoi »
« Le candidat idéal, c’est quelqu’un qui aime son pays… Il devra… éviter de faire le mal, savoir partager et servir »
A Paul Biya, « je lui dirais de réfléchir avant d’accepter de se représenter aux élections comme candidat. A notre âge (Christian Tumi est âgé de 81 ans et Paul Biya de 78 ans), ça pose un problème d’assumer certaines charges »
« Si je n’étais pas prêtre, je serais peut-être un homme politique »
 

Christian Tumi. Le cardinal émérite de Douala parle de l’élection présidentielle annoncée au Cameroun en même temps qu’il dresse le portrait robot du candidat idéal.  

Vous venez de publier votre deuxième ouvrage dans lequel vous désapprouvez la manière dont l’Opération Epervier est menée et proposez de faire faire aux coupables des travaux d’intérêt public.

Pouvez-vous préciser votre pensée ?
Je n’ai pas traiter de la manière dont l’Opération Epervier est traitée. Ce que je désapprouve, c’est la durée que les personnes accusées font en prison. C’est une injustice, une torture morale de garder quelqu’un pendant tant d’années en prison sans qu’il soit jugé. Par ailleurs, s’ils sont coupables, qu’ils fassent la prison et que l’argent détourné soit récupéré.

Vous dites que cet argent devrait être restitué par le coupable ou par ses héritiers. Le fils devrait-il payer la faute du père ?
Oui, s’il a profité de cet argent.

La mise en application de l’article 66 de la Constitution pourrait-elle limiter les détournements de fonds?
Oui, parce qu’on saura avec quoi quelqu’un est arrivé au pouvoir et avec quoi il en est sorti. Connaissant son salaire, on saura s’il a détourné ou non. Si quelqu’un veut être riche, qu’il ne devienne pas fonctionnaire.

Beaucoup de personnes accusées de détournement sont des produits de l’Eglise catholique. Est-ce là un échec du catholicisme au Cameroun?
Oui, c’est en quelque sorte un échec pour le catholicisme. Mais les personnes accusées sont des chrétiens, pas seulement catholiques, mais aussi protestants. Il ne suffit pas d’être chrétien, encore faut-il vivre sa foi. Ce qui n’est pas toujours le cas.
On vous a récemment vu au palais de justice aux côtés de Jean-Marie Atangana Mebara. Quels sont vos rapports?
J’ai commencé à connaître Jean quand il était secrétaire général de la présidence de la République. L’archidiocèse de Douala avait fait une demande pour avoir sa radio. Trois ans après, on n’avait pas toujours eu d’autorisation, alors que d’autres personnes, qui avaient fait la demande au même moment que nous, l’avaient déjà. Nous avons donc commencé à émettre sans autorisation. J’ai écrit au président de la République pour lui présenter le problème et il a envoyé Jean à Mvolyé me dire qu’il avait donné son accord. J’ai continué à le côtoyer. Alors, étant de passage à Yaoundé et sachant qu’il devait être au tribunal, je ne pouvais pas ne pas aller le voir. Les gens en ont fait des gorges chaudes.

Justement, comment avez-vous vécu la polémique qui a suivi cette visite?
Je n’ai pas pris ça au sérieux. Les gens ont dit n’importe quoi, que c’est lui qui avait fait créer Radio Véritas. Les journalistes doivent souvent s’informer à la bonne source.

Votre présence au tribunal n’était-elle pas, quand même, une manière pour vous d’influencer la justice?
Qui suis-je pour influencer la justice ? Et puis, les juges que j’ai vus m’ont donné l’impression d’être sérieux, ils prenaient le temps pour écouter.

Quel regard portez-vous sur la justice camerounaise?
Elle est corrompue, je l’ai dit dans mon livre. Il y a peu de gens qui font vraiment confiance à cette justice.

Dans cet ouvrage, vous parlez également de démocratie. Quel bilan faites-vous de sa pratique au Cameroun ?
La démocratie est un grand mot. Son bilan est à voir dans l’organisation des élections. Et je n’ai jamais vu des élections organisées avec transparence au Cameroun. Même du temps du parti unique, il y avait des fraudes.

Les partis politiques de l’opposition peuvent-ils impulser cette démocratie ?
Non, ils n’ont pas le courage de s’affirmer.

Et la société civile ?
Elle est faible.

Vous fustigez également dans votre bouquin l’assimilation du Cameroun anglophone. Y a-t-il un problème anglophone au Cameroun?
Oui, le problème anglophone est bien réel. Il y a des anglophones qui regrettent la réunification des deux Cameroun, car ils constatent qu’ils sont marginalisés, ils sont traités comme des citoyens de 2ème degré. Dans l’administration publique, ils sont des adjoints ; c’est rare qu’ils occupent des ministères importants comme les Finances; même le secrétariat général de la présidence ne leur a jamais été ouvert.
Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, alors que je me trouve à Rome, je suis invité, avec d’autres évêques d’Afrique francophone, à l’ambassade de France auprès du Saint-Siège. Un fonctionnaire de l’ambassade m’a alors approché et m’a demandé de quelle nationalité je suis. Quand je lui ai répondu que je suis Camerounais, il m’a dit: «Nous sommes contents que vous soyez en train de réussir l’assimilation culturelle des anglophones». J’ai alors su quelle était la politique de la France au Cameroun.

Dans votre livre, vous conseillez aussi la création d’une commission électorale indépendante. Que reprochez-vous à Elecam ?
Elecam, ça veut dire quoi ?

Elections cameroon…
Ca ne veut rien dire. Cameroon elections, peut-être. J’ai remarqué que à Elecam, il y a deux responsables : un directeur des élections et un président. Je ne sais pas qui fait quoi. Une commission électorale indépendante est meilleure, elle a tous les pouvoirs pour gérer les élections, de l’organisation à la proclamation des résultats.

Pensez-vous que la présidentielle annoncée cette année puisse engendrer ce Cameroun nouveau dont vous rêvez?
Je ne crois pas, parce que ce que je propose est spirituel. Or, les politiciens ne s’occupent pas de cela. Cette proposition est un appel que le pape Jean-Paul II avait déjà lancé en 1995 dans Ecclesia in Africa.

Pouvez-vous dresser le portrait robot du candidat idéal cette élection?
Le candidat idéal, c’est quelqu’un qui aime son pays, qu’il soit chrétien ou pas. Il devra aussi avoir des vertus, c’est-à-dire être bon, éviter de faire le mal, savoir partager et servir.

Paul Biya correspond-il à ce profil?
Il faut distinguer la personne et le chef de l’Etat. Comme personne, je n’ai pas de jugement. Mais comme chef de l’Etat, c’est difficile de le juger parce qu’il ne gouverne pas seul, même s’il assume la responsabilité de ce qui est fait. Personne ne peut savoir ce qui se passe dans le cœur de l’autre.

Quels sont vos rapports avec le chef de l’Etat?
Elles sont bonnes. On s’est rencontré en mai à Rome, lors de la béatification du pape Jean-Paul II. C’était six ans après qu’on s’était rencontré à ses obsèques, toujours à Rome.

S’il vous était donné de le rencontrer aujourd’hui, à quelques mois de la présidentielle, que lui diriez-vous?
On parlerait sûrement de politique et je lui dirais de réfléchir avant d’accepter de se représenter aux élections comme candidat. A notre âge (Christian Tumi est âgé de 81 ans et Paul Biya de 78 ans), ça pose un problème d’assumer certaines charges.

Voulez-vous dire qu’il est trop âgé pour se représenter?
Les gens sont différents, il y a des présidents de la République plus âgés que lui. En tout cas, moi, si j’étais à sa place, je ne me présenterais pas. En 2009, j’ai demandé à prendre ma retraite et certaines personnes me disaient que je pouvais travailler jusqu’à 90 ans. Mais je ne voulais pas prendre ma retraite quand je ne pourrais plus rien faire, et c’est ce qui m’a permis d’écrire ce livre.

Christian Tumi, un homme politique?
Je ne suis pas un homme politique. Si je n’étais pas prêtre, je serais peut-être un homme politique.

Ou président de la République ?
Qui sait ?

Propos recueillis par
Stéphanie Dongmo

«Si j’étais Biya, je ne serai pas candidat» – Conversion du Cameroun en 2035

Conversion du Cameroun en 2035

Dédicace. « Ma foi : un Cameroun à remettre à neuf» de Christian Tumi a été dédicacé hier à Yaoundé.

Ma foi : un Cameroun à remettre à neuf », le second livre du cardinal Christian Tumi paru en mai aux éditions Véritas, a été dédicacé hier après-midi à l’hôtel Djeuga à Yaoundé. A la cérémonie très courue, on a pu voir des hommes politiques tels Grégoire Owona, Théophile Yimgaing Moyo et Paul Aya Abine, de même que des ambassadeurs dont celui de la France. Le livre était vendu sur place à 6500Fcfa.

Dans sa note de lecture, le philosophe Eboussi Boulaga a décortiqué l’ouvrage de 271 pages, chapitre par chapitre. Ainsi, il a égrené la liste des maux -nombreux- qui minent notre pays et les solutions qu’apporte l’auteur, qui restitue aussi la place de Dieu dans la société. Toutes choses qui, selon Eboussi Boulaga, peut se résumer à cet «hymne hyperbolique : aimez vos ennemis». Après lui, Mathias Eric Owona Nguini a présenté une autre note de lecture, celle-là consacrée à la corruption. Un fléau qui, à lui seul, occupe un chapitre dans l’ouvrage. «Le prince de l’église réussit l’exploit de relier les préoccupations d’ici bas aux exigences de l’au-delà (…) la politique aussi est le domaine de la foi et de la vérité», conclut-il.

Après les différentes interventions, le cardinal Christian Tumi a expliqué son œuvre. «Je n’ai nullement l’intention de suggérer un régime théocratique», a-t-il précisé. Et d’ajouter : «le changement est attendu d’une conversion radicale pour qu’une nouvelle mentalité naisse, sinon, en 2035, nous serons là où nous nous trouvons aujourd’hui». Aussi invite-t-il chaque autorité, de même que chaque citoyen, à devenir une véritable pierre précieuse à la construction de cette nation à laquelle il aspire.

Mon rêve pour le Cameroun

« l’autorité qui ne recherche pas le bien commun de ceux qu’elle gouverne perd sa légitimité et doit être démocratiquement écartée du pouvoir »

Essai. Dans son dernier ouvrage, le cardinal Christian Tumi invite le chef de l’État à promouvoir l’alternance politique au Cameroun.

Après «I have a dream», le célèbre discours de Martin Luther King en 1963, le cardinal Christian Tumi fait à son tour un rêve.

Il rêve d’un Cameroun nouveau où les vertus chrétiennes auront droit de cité. Ce qu’il croit, l’archevêque émérite de Douala l’a consigné dans un livre qu’il vient de publier aux éditions Véritas. «Ma foi : un Cameroun à remettre à neuf» sera dédicacé ce mercredi à 15h à l’hôtel Djeuga palace, à Yaoundé.
Dans cet ouvrage, l’auteur fait l’autopsie des maux qui minent notre pays : la mauvaise gestion, la démocratie tâtonnante, les droits humains bafoués, le non-respect de la personne humaine, la corruption endémique… Sur la mauvaise gestion, le cardinal Tumi, avec son franc-parler habituel, affirme que tout ce qui a été volé doit être remboursé par le coupable ou ses héritiers. Car, pour lui, il ne suffit pas d’interpeller les gens, il faut surtout récupérer les sommes détournées (voir bonnes feuilles). Contre la corruption, il a une solution : la mise en application de l’article 66 de la Constitution sur la déclaration des biens et la création d’une commission électorale indépendante.
Assimilation culturelle

Par ailleurs, l’auteur qui, après ses études au Nigéria, a commencé son ministère pastoral à Fiango, près de Kumba, dans le Sud-Ouest, en 1966, dénonce les inégalités entre la minorité anglophone et la majorité francophone. Au passage, il accuse la France d’organiser l’assimilation de la culture anglophone au Cameroun.  Un autre mal relevé ici est l’absence de la démocratie qui, jusqu’ici, a été une «piteuse mise en scène» au Cameroun. Avec une assemblée nationale inerte, une administration publique qui se sert au lieu de servir, des partis politique de l’opposition qui n’ont pas le courage de s’exprimer, une société civile faible. Le bon pasteur affirme qu’une véritable démocratie est pourtant possible au Cameroun. Elle passerait par une alternance politique sans heurts qui ne dépend que du chef de l’Etat, lui qui «a concentré tous les pouvoirs entre ses mains».

Son crédo social ? Tumi l’indique en plusieurs points : l’autorité qui ne recherche pas le bien commun de ceux qu’elle gouverne perd sa légitimité et doit être démocratiquement écartée du pouvoir ; ceux qui nous gouvernent doivent savoir qu’ils ont affaire à des êtres doués d’intellect et de volonté… Contrairement à Bernard Muna (”Dieu, le politicien”, 2010) qui soutient que le peuple n’a que le gouvernement qu’il mérite, le cardinal Tumi croit que les Camerounais méritent mieux. Les deux auteurs s’accordent cependant à dire que toute autorité vient de Dieu et appellent les chrétiens à prier pour qu’il leur accorde des dirigeants vertueux.
Un Cameroun nouveau
Le prélat, auteur de l’essai «Les deux régimes politiques d’Ahmadou Ahidjo, de Paul Biya et Christian Tumi» (Macacos, 2006) prône, au final, la construction d’un Cameroun nouveau, sur une fondation biblique. Car, «si le Seigneur ne bâtit pas une maison, c’est en vain que le maçon se donne du mal». Ce pays dont il rêve aura des citoyens nés de nouveau (dans le cœur et dans l’esprit), unis dans l’amour du travail, avec un minimum pour mener une vie digne.

A 81 ans, Christian Tumi n’invente pas la poudre et le sait. Mais, comme l’a dit Alain Didier Olinga dans «Propos sur l’inertie» (2009), «l’état de notre société actuelle accule l’intellectuel, au sens propre du terme, au moins à la parole éclairante». Aussi, Tumi a refusé de se taire. Dans la préface qu’il signe, l’archevêque de Yaoundé, Mgr Victor Tonye Bakot, affirme qu’il donne ainsi la preuve que sa retraite ministérielle, qu’il a prise en novembre 2009, est une chance qui lui est offerte pour donner corps à un projet de société qui n’est pas utopique : tout remettre à neuf.

L’élection présidentielle annoncée cette année pourra-t-elle engendrer ce Cameroun nouveau? Cela dépend uniquement du chef de l’Etat, répond en substance l’auteur qui prend le risque de prêcher dans le désert. Car, rien n’est encore gagné. Or, c’est à ce prix-là seulement que notre pays deviendra une nation.

Source : Le Jour - Stéphanie Dongmo

 

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B


I find this information very useful and it has considerably saved my time.thanks.



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