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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 16:08

Cameroun: Gouvernance cosmétique et dérision sénatoriale.

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Que ce soit par cynique conseil au Prince ou par violence politique personnelle dudit Prince, la convocation des sénatoriales au Cameroun par décret du président de la République fera négative école comme un exemple de ce qui faut faire quand on tient à parachever son propre discrédit aux yeux de la transparence électorale en particulier, et de l’éthique politique en général. 

Que ce soit par cynique conseil au Prince ou par violence politique personnelle dudit Prince, la convocation des sénatoriales au Cameroun par décret du président de la République fera négative école comme un exemple de ce qui faut faire quand on tient à parachever son propre discrédit aux yeux de la transparence électorale en particulier, et de l’éthique politique en général.

Les Sénatoriales annoncées se présentent en effet comme un nouvel acte de la gouvernance cosmétique dont le Cameroun est victime depuis trente ans. En dressant son peuple Rdpc contre le peuple du Cameroun, le chef de l’Etat se prévaut de la légalité d’un décret pour perpétrer l’immoralité électorale. Le légal se met ainsi au service de l’immoral chez un chef d’Etat dont le principe d’action prétendait être la rigueur et la moralisation. Cette légalisation de l’immoralité pose un grave problème d’éthique politique qui confirme l’hostilité du régime à toute transparence électorale. En cédant une fois de plus à cette faiblesse, le chef de l’Etat vient de consacrer la dérision sénatoriale. Le Sénat du Cameroun ressemblera ainsi aux autres institutions nationales et à leur architecte : une vitrine cosmétique pour donner le change à l’opinion internationale. Le blanchiment de tombeaux auquel la convocation des sénatoriales souscrit fuse comme un tocsin : ce n’est plus l’avenir des enfants du Cameroun qu’on prépare, mais des funérailles. Cette cérémonie devra être chatoyante. Les sénatoriales, dont l’objectif cosmétique et protocolaire vise à constituer un nouveau corps, se résument à une distribution de faire part et autres cartons d’invitation.

Il y a plusieurs décennies, un philosophe camerounais qui nous en croyait la capacité exhortait à s’élever « De la médiocrité à l’excellence ». Les dirigeants du Cameroun dont il rêvait se sont plutôt appliqués pour se faire distinguer par l’excellence de la médiocrité. Sans qu’il risque, lui, de se faire accuser de suborner la jeunesse, et pour ne pas le nommer, Ebénézer Njoh Mouelle pourrait, de tristesse, commander un pot de ciguë. Les prochaines agapes sénatoriales font en effet partie de cette galerie d’insignifiances sociopolitiques sans projection dont le pouvoir en place semble s’être fait une spécialité, et où le faire valoir a supplanté à la fois le faire et le valoir. Car c’est précisément parce qu’il ne veut ou ne peut plus rien offrir de fiable que ce pouvoir multiplie les demi-gestes, des coquilles et des velléités vidés de toute fonctionnalité managériale, de toute opérationnalité durable et de toute crédibilité éthique. Dans le même temps, on vous demande de ne pas en parler par humilité citoyenne.

L’humilité a ceci de particulier qu’on ne l’attend généralement que de ceux qui méritent éloges et considération. Car c’est à ceux qui ont du mérite qu’on exige de ne pas avoir « la forte tête », de ne pas « trop en faire », pour ne pas gêner ceux qui sont mal outillés, qui ne savent ou ne peuvent pas grand-chose, des « Nuls », pour tout dire. La Bible aussi l’enseigne : « Que n’as –tu pas reçu? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais reçu ? ». Il faut donc, et la société l’ordonne, que ceux qui savent, que ceux qui peuvent, que ceux qui en ont s’humilient devant les déficits des autres pour rester humains parmi les humains. Ce que la société se garde de dire, c’est comment il faut traiter :

• Ceux qui, sans rien savoir pour n’avoir rien appris, tiennent absolument à enseigner ;

• Ceux qui, sans rien pouvoir, tiennent absolument au pouvoir ;

• Ceux qui sans tenir la route, tiennent absolument à conduire?
Autant la société impose des limites socio psychologiques aux hommes d’excellence par souci de nivellement, et comme par instinct stérilisant de conservation, autant elle compose avec la médiocrité, comme par instinct d’autodestruction. Ce paradoxe coûte excessivement cher au Cameroun dont les enfants qui avaient des aptitudes de locomotive se voient chaque jour confinés au rôle de wagon à bétail.

Au Cameroun, tout tend en effet à démontrer que dans la vie politique de ces dernières décennies, le mérite a été bridé pour avoir fait peur et seule la médiocrité n’a souffert d’aucune limitation. Autant les certitudes des expertises s’imposent des plafonds, autant la turpitude des incompétences crèvent les fonds, au propre comme au figuré. Chaque fois qu’on croyait avoir « touché le fond », il s’en est trouvé un pour creuser davantage, comme pour enterrer plus profondément encore toute lueur de lucidité qui aurait pu échapper à la rage d’éteindre nos rares lumières et nos modestes bougies sociales.
Vous entendrez donc le chef de l’Exécutif camerounais affirmer de manière péremptoire: « Nous avons des institutions qui fonctionnent » ; mais il se gardera de donner le moindre détail sur le mode de fonctionnement des institutions ainsi exaltées. Ces différentes institutions font système, et toute tentative de compréhension dudit système commande qu’on analyse les mécanismes, les articulations et les connexions des différentes composantes du système. Ya-t-il continuité et complémentarité, harmonie ou dissonance ? Y a-t-il seulement une coordination de symphonie ou plutôt polyarchie de cacophonie ?

- L’Assemblée Nationale vit mal le persistant reproche de n’être qu’une Chambre d’enregistrement des projets de lois. La réalité est pourtant qu’au Cameroun, c’est l’Exécutif qui légifère.

- L’Autorité Judiciaire attend toujours de s’ériger en véritable Pouvoir judiciaire. Ce grand corps d’élite vit donc mal l’insoutenable ingérence de l’Exécutif dans son fonctionnement.

- Le Conseil économique et social est d’une discrétion si silencieuse qu’il conforte l’opinion que la République du Cameroun est un vaste entrepôt de gadgets administratifs qui s’auto entretiennent sans s’ouvrir aux aspirations des populations.

- Le Gouvernement affiche quant à lui une frilosité endémique, sa précarité étant telle qu’en trente ans, le Cameroun a compté presqu’autant de cabinets : au-delà de sa pléthore injustifiée, le Prince s’en sert en fonction de calculs et considérations personnels qui sécurisent sa sieste en lui permettant de s’assoupir dans l’illusion de gouverner.

Car nous autres citoyens savons désormais que si le Cameroun est encore administré, il y a longtemps qu’il n’est plus gouverné. Le pouvoir s’y est dégradé en puissance : on commande, on prend certes des décrets, mais la gouvernance cosmétique dans laquelle le pays s’est enlisé plombe tragiquement le destin de la nation. La Sociologie des organisations serait d’une grande lumière sur cette manière de tout faire partir de soi en veillant à tout faire revenir à soi.

Le fétichisme politique veut qu’on persiste à offrir des sacrifices à des faiseurs de pluies, quand bien même ceux-ci auraient prouvé leur inaptitude à faire tomber la pluie. Mettre ainsi la lucidité en vacance n’est d’aucun recours face aux nombreux défis multisectoriels auxquels le Cameroun est confronté. Et ce qui nous arrive était prévisible : pour avoir déclaré que son ambition était de rester dans l’histoire comme celui qui a « apporté la démocratie au Cameroun », M. Biya Paul, chef de l’Etat du Cameroun, s’est disqualifié comme démocrate. Il n’est pas abusif de dire qu’a contrario, il s’est défini comme autocrate. La démocratie est en effet une émanation, une sécrétion du peuple ; nul, sauf appropriation abusive, ne prétendrait « apporter » de l’eau à une fontaine qui en est la source. Capter l’eau que produit une source pour la lui servir en prétendant la lui « apporter » en cadeau ou comme faveur, c’est frustrer la nature et la vérité ; dans le cas de la démocratie, c’est dépouiller le peuple d’une valeur qui lui est naturelle, immanente. Le président de la République n’ayant pas réussi à masquer cette prédisposition à frustrer les autres de leurs droits, celle-ci à jailli dès ses premières sorties médiatiques à Radio Monte Carlo avec Yves Mourousi. La bouche ayant parlé de l’abondance du cœur, le réflexe d’autocratie ainsi trahi n’a pu que se développer avec le temps, jusqu’à précipiter le Cameroun dans une autocratie légale où tout est nié au peuple camerounais au nom des lois « votées » par un Parlement sous contrôle de l’Exécutif.

Des Sénatoriales dans un tel contexte de faire valoir introduiront un titre supplémentaire dans le paysage auditif des Camerounais ; ce titre, comme tant d’autres, garantira de nouveaux avantages au frais du contribuable camerounais. Dans cette logique de monnayage des actes publics et politiques au Cameroun - notamment des opérations électives - les grands électeurs, déjà, se sont vus présenter un appât présidentiel de 50.000 de nos francs, en manière de lubrifiant électoral pour leur dérangement.

Les Camerounais réclament des élections transparentes. En réponse à cette revendication légitime le pouvoir, par minimalisme managérial, a produit…des urnes transparentes. Les Camerounais réclament des élections biométriques. Le pouvoir, toujours par minimalisme, n’a pu organiser que des inscriptions biométriques, encore que dans des conditions douteuses. Et pour les Sénatoriales - le mot résonne si bien - c’est en toute opacité électorale que l’appât présidentiel contribuera à faciliter le glissement des bulletins de vote connus dans ces urnes transparentes. Chacun ayant la transparence des ses ambitions, celle du pouvoir en place se sera limitée à des boîtes en plastique translucide, par peur du pluralisme politique, mais par obsession de monochromie sénatoriale, en complément de l’obésité parlementaire qu’on sait.

Cela s’appelle marcher à côté de ses chaussures. En convoquant des Sénatoriales dans des conditions par tous décriées, le régime vient de valider sa viscérale détestation de tout ce qui est transparence électorale. Cette hostilité à la fiabilité des élections vaut confirmation de son pli autocratique.

Mais le plus grave n’est pas que le Prince de la ‘’Rigueur et de la Moralisation’’ se soit fait distinguer par cette propension à l’immoralité électorale. Le plus grave, pour le Cameroun, c’est qu’il n’ait laissé aux jeunes Camerounais que cet héritage de tricherie. L’ivraie pousse toujours plus vite que la bonne graine. Et les jeunes de 30 ans ont fini par se convaincre, au vu des exemples négatifs offerts par le système dont ils ont l’âge, que le seul moyen de réussir, c’est de tricher : « L’homme n’est rien sans son bord »…disent-ils. Cette culture trentenaire de la fraude est d’autant plus préjudiciable à la nation qu’elle ne montre aucune disposition au remords, encore moins au rachat. La jeunesse camerounaise a fini par se laisser persuader que rien, pas même ce qui peut se faire ’’normalement’’, ne peut se faire sans tricherie. La création d’une Agence de contrôle des normes, au Cameroun s’inscrit dans cette inclination à faire semblant: on aura créé l’Anor pour la galerie, en sachant qu’en pleine explosion de la culture de la fraude et de la contrefaçon, aucune norme ne sera respectée…

La gouvernance cosmétique a donc ceci d’improductif que plus vous maquillez, moins vous séduisez, et moins vous convainquez. Le pouvoir au Cameroun a néanmoins réussi à… convaincre l’opinion nationale et internationale qu’il est un pouvoir de simulacre où le fait est méthodiquement dévalorisé au seul profit de l’effet, le paraître aux dépens de l’être. Le président de la République nous en a fait la démonstration au sortir de l’Elysée où il lui avait semblé indispensable de se montrer. A la question sur sa trop longue durée au pouvoir, il s’est fendu d’une réponse significative : « Ai-je l’air si fatigué ? ».

Cette réponse mérite qu’on s’y arrête : car c’est bien dans une gouvernance cosmétique que l’important est de « faire accroire », de « soigner les apparences », de faire « comme si ». Le président de la République du Cameroun n’a pas orienté sa réponse sur sa bonne forme, sa prestance ou son énergie. Il aurait pu s’étonner qu’on ne l’eût pas trouvé « si alerte » ; il aurait pu dire qu’il avait « la pêche ». Mais c’est de fatigue, hélas, qu’il a parlé, établissant ainsi que c’est bien ce registre négatif qui est désormais le sien. Mais il a beau se sentir et se savoir fatigué, l’important pour le président était de ne pas en « avoir l’air ». Cosmétique oblige.

Cette réplique, à elle seule, rend compte de toute une psychologie. Point n’est besoin d’avoir étudié Freud pour s’apercevoir que loin d’être un lapsus, cette réponse éclaire d’une triste lumière l’une des sources inconscientes du mal-vivre des Camerounais. Le Cameroun de ces dernières décennies présente en effet de belles apparences. Des fortunes sont dépensées ailleurs pour, dit-on, soigner notre « image ». Au Cameroun, l’on pose et l’on fait des mines ; l’on y prend même des airs. Pourtant, l’air ou mine de rien, et quoi qu’on prétende, le Cameroun se délite au jour le jour, et dans tous ses divers compartiments. Non point par les effets naturels de l’entropie, mais du fait de cette contreculture instaurée par le régime ; car de fraude en fraude, et de maquillage en maquillage, le masque a fini par coller au visage : tout illusionniste présente ses tours à son public sans croire lui-même à leur véracité. Il joue ; il le sait mais ne le dira pas. A force d’illusions cependant, il vient un moment où l’éblouissement des projecteurs empêche l’illusionniste de distinguer la vérité du mensonge. Pris dans son propre jeu, il se fait parfois surprendre à croire à ses propres illusions, à les tenir pour de grandes réalisations, au point d’amuser ceux qu’il croyait abuser. Alors le clown cesse de rire sur les planches de son cirque parce qu’il s’aperçoit qu’il ne fait plus rire. Et que s’il lui arrive encore de faire rire, c’est de lui-même.

Ce n’est donc pas un hasard si le Cameroun se spécialise activement dans les prolongations et les prorogations : tous les temps ont dépassé leurs limites, et tout semble avoir dépassé les limites du temps. Avant hier c’était la Constitution et la prolongation par illimitation des mandats présidentiels. Hier c’étaient les députés et la prorogation de leur mandat. Les Exécutifs municipaux ont suivi avec la prorogation de leur mandat à eux. Voici que même les inscriptions électorales souscrivent aux mêmes prolongations. Cela n’empêche pas de d’accorder des marchés de complaisance pour que des magazines célèbrent complaisamment le temps… des réalisations !

Est-il si difficile de se rendre compte devant une horloge que les aiguilles ne tournent que dans un sens ? Faut-il encore que ce soit d’ailleurs qu’on nous signifie que nous avons dépassé toutes les limites du temps ? Combien nous faudra-t-il encore de temps pour espérer convaincre de nos aptitudes à gérer les aspirations du peuple du Cameroun ? L’Afrique des Sages sait qu’un morceau de bois a beau séjourner dans une rivière, jamais il ne deviendra un crocodile. Ce n’est donc pas le temps mis à prier qui garantit le paradis. Ce n’est pas le temps mis au pouvoir par un administrateur qui garantit son immortalité dans l’esprit et les cœurs de ses administrés. Ce privilège tient d’une autre nature. Mais faute de l’avoir compris, le pouvoir de Yaoundé a systématiquement brisé tous les rêves d’excellence pour n’avoir à célébrer que l’excellence de la médiocrité.

Quand la légalité frustre les droits et la justice en bâillonnant toute moralité, quand des décrets se prennent au nom de légalité pour soutenir l’immoralité, on peut bien dire : « adieu représentativité ! ». C’est à cette dérision que le décret convoquant les sénatoriales avant les Municipales et les Législatives expose à la fois les prochains sénateurs et leur créateur.
Ailleurs, les sénateurs sont Vénérables. Au Cameroun, un décret les aura voulus Vulnérables.


Par Charly Gabriel Mbock

Source : Le messager

 

 

 

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Mbombog Mbog Bassong* est issu d’une famille fortement christianisée, d’un grand-père maternel chrétien et d’un grand-père paternel chrétien. En 1988, il rencontre Mbombog Nkoth Bisseck qui marque le deuxième tournant de sa vie après celle de Cheikh Anta Diop en 1986 à Paris. Chez ce dernier, il prend conscience de l’importance de l’histoire pour l’éveil de l’Afrique tandis que le premier assure son éducation initiatique. Aussi se décide-t-il de rompre avec le modèle chrétien et découvre, dans la connaissance africaine, un réservoir de savoirs dont l’humanité a à peine tiré quelque enseignement digne d’intérêt.

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Source : Union Africaine