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Cameroun : Enoh Meyomesse, un homme face à l’injustice de la justice de son pays.

31 Mars 2012 , Rédigé par afrohistorama, Toute l'histoire sans histoire

Cameroun : Enoh Meyomesse, un homme face à l’injustice de la justice de son pays.

Enoh1

 

"ENOH N’A RIEN A FAIRE DANS CE DOSSIER. IL FAUT QU’IL SORTE !"

L’établissement de son innocence est l’unique clef de la libération du prisonnier. Une seule question est importante ici: quelle est la responsabilité d’Enoh Meyomesse, écrivain incarcéré depuis le 19 novembre 2011, dans ce qui s’est passé dans la nuit du 11 au 12 novembre 2011 à Betaré Oya ? C’est que les accusations portées contre lui étaient plutôt graves au début. Et pas seulement celles écrites sur l’ardoise qu’il tenait en ses mains lors de sa présentation médiatisée au public, le 22 novembre 2011 : vol aggravé. Ecoutons Issa Tchiroma, ministre de la communication, dans un article de Rfi : "Ce Monsieur, il sait ce qu’il a fait. Il a commandité un braquage à l’occasion duquel on a arraché un kilo d’or dans l’Est. Comme il en était commanditaire, il a pris cet or. Il est parti 

à Singapour. Eh bien, à son arrivée, on a mis la main dessus. Et puis voilà. Aujourd’hui, il est entre les mains de nos tribunaux ! Est-ce qu’on a besoin de le torturer, dès lors que les faits sont évidents ? C’est un braquage qui a impliqué des armes à feu. Et dans ce cas, c’est le tribunal militaire, selon la loi, qui est habilité à juger de tels actes." C’était le 15 janvier 2012. Quelques semaines auparavant, Enoh avait révélé dans un texte dense et très informatif, "M. le Colonel, on ne me corrompt pas !", texte publié dans La Météo et puis repris dans Le Jour, la gravité de l’accusation qui avait été portée contre lui, tentative de coup d’Etat, et bientôt dans un autre texte publié dans Germinal et La Météo, "Comment j’ai vécu la torture dans la légion de gendarmerie de Bertoua, 30 jours durant",

l’horreur qu’il avait traversé dans le noir, entre les mains de ses tortionnaires.

Depuis le juge d’instruction du Tribunal militaire de Yaoundé qui a refait l’enquête pour constituer l’information du dossier de l’accusation portée contre lui a fait reculer la charge. Et comment ! Nous sommes passés de 1) tentative de coup d'Etat; braquage à main armée, dont l’arsenal avait été présenté aux medias sous surveillance vidéographique de la gendarmerie le 22 novembre 2011; association de malfaiteurs; vol aggravé ; trafic de minerais, car tel était l’accusation ce jour-là, à; 2) tentative de coup d'Etat; braquage; vol aggravé, accusation de janvier 2012, à ; 3) vol aggravé, recel

aggravé; trafic d'or, accusations qui étaient encore sur la table le jour de la rencontre avec le juge d’instruction, le 21 mars 2012, à maintenant; 4) complicité de vol de 78 grammes d'or et violation de la loi sur les minerais, laquelle loi n’est pas spécifiée. Oui, vous avez bien lu : contre Enoh Meyomesse, il ne reste plus que les accusations de complicité de vol et violation de la loi régissant l’exploitation des minerais au Cameroun ! J’écris ce texte le 29 mars 2012, et ne puis que constater une chose : nous sommes bien loin de l’évidence des faits portés contre l’écrivain, tel que formulés publiquement et internationalement par le ministre de la communication du Cameroun, Issa Tchiroma. Au contraire, les motifs d’accusation n’ont pas seulement dramatiquement changé de nature, ils ont rétréci comme peau de chagrin, au point de rendre cette affaire banale. Simplement banale !

Or, prenons les deux accusations restantes, et écoutons le conseil d’un avocat, Me. Joseph-Hilaire Woto qui a suivi cette affaire de bout en bout : "La complicité d'un vol simple. Est complice d'une infraction qualifiée crime ou délit: a) celui qui provoque de quelque manière que ce soit à l'infraction ou donne des instructions pour la commettre; b) celui qui aide ou facilite la préparation ou la consommation de l'infraction. La tentative de complicité est considérée comme la complicité elle-même. Dans le cas d'Enoh, l'accusation aura beaucoup de
difficultés à démontrer la complicité d'Enoh dans la commission du vol. Le premier alinéa de l'article 97 du Code pénal camerounais qui définit la complicité exclue la complicité en matière contraventionnelle. Or, comme la coaction, la complicité ne peut jamais exister sans intention. Enoh a-t-il facilité d'une manière quelconque la commission du vol sans le savoir, dans ce cas, il ne peut être responsable en application de l'article 74 du Code pénal. Néanmoins la complicité peut exister même si l'auteur de l'infraction bénéficie d'une cause d'impunité ou d'irresponsabilité (cas d'un enfant que l'on provoque à voler ou celui d'un aliéné que l'on provoque à tuer). Celui qui les provoque dans ces différents cas sera complice de vol ou de l'homicide, même si l'enfant ou l'aliéné n'en est pas responsable en vertu de l'article 98 du Code pénal. Mais si l'auteur principal de l'infraction ne peut être poursuivi ou a été acquitté pour défaut d'intention criminelle, il ne peut être poursuivi comme complice, car si l'infraction n'existe pas en la personne de l'auteur principal, elle ne peut servir de support à un acte de complicité. Il peut néanmoins être poursuivi comme auteur dès qu'il est démontré que le tiers utilisé n'était lui-même que le moyen utilisé pour commettre l'infraction."

Qu’en est-il de la seconde accusation, violation de la loi qui régit l’exploitation des minerais au Cameroun ? Il s’agit ici, précise bien Me. Joseph-Hilaire Woto, de la ‘violation de la loi et non d'un article du Code pénal camerounais.’ Cette précision est d’importance, car elle ne rend pas seulement inutile la poursuite de l’écrivain devant le Tribunal militaire, elle le libère de l’accusation vol de ‘un kilo d’or’ qui était portée contre lui, car il ne s’agit plus ici, il faut le préciser, que de 78 grammes d’or – la quantité avec laquelle l’on peut légalement traverser les frontières du Cameroun, quantité qu’Enoh avait sur lui lorsqu’il allait à Singapour. Nous savons aujourd’hui que l’accusation contre Enoh aura été bâtie sur des aveux obtenus sous les feux de la torture. A aucun moment, dit l’écrivain, les gendarmes à Bertoua, ne lui auront laissé l’occasion de donner sa version des faits. Epuisé et essoufflé, il aura accepté leur mise en scène (tentative de coup d’Etat, braquage, un kilo d’or, et bientôt 350 grammes, etc.), ce qui n’est pas surprenant, raison d’ailleurs pour laquelle les déclarations obtenues sous la torture ne sont pas admissibles au tribunal – le juge d’instruction a du refaire l’enquête d’information. Et pourtant voilà : Enoh, qui n’avait fait aucune transaction financière avec celui de ses co-accusés qui l’accable encore ; Enoh qui ne sera mis au courant de l’arrestation de ses co-accusés que lors de son séjour à Singapour, par un de ses amis sénégalais ; Enoh qui ne sera mis au courant d’un braquage à Betaré Oya qu’à son arrestation le 19 novembre 2011 ; Enoh qui mis au courant de l’arrestation de ses co-accusés ne prendra pourtant pas la fuite, mais retournera au Cameroun comme prévu par son voyage ; Enoh sur qui le récit concocté par la gendarmerie sera imposé par la torture sans qu’il puisse jamais contredire ses tortionnaires ; oui, Enoh Meyomesse, ‘sa responsabilité ne peut être engagée dans le dossier en tant que complice.’

Jamais innocence n’a été aussi facilement établie qu’ici où l’accusé, informé de l’arrestation de ses complices, avait bien la possibilité de prendre la fuite, mais ne l’a pas fait. Enoh était à Singapour, mon Dieu !, et nous savons tous que la police camerounaise ne l’aurait pas rattrapé, avait-il volé les 78 grammes d’or qu’il avait avec lui lors de son voyage – respectant ainsi la loi camerounaise – et qu’il avait bien pesés lors de son escale à Nairobi, au Kenya ; et avait-il choisi après avoir été informé de l’arrestation de ses soi-disant complices, de prendre la poudre d’escampettes. Non, Enoh a choisi plutôt de retourner dans son pays, la terre de ses ancêtres. Pourquoi ? Parce qu’il aime Kondengui ? Non, parce qu’il ne se reprochait rien. Il ne se reprochait rien parce qu’il est innocent de tout ce que ses co-accusés auraient pu avoir fait pour obtenir les 78 grammes d’or avec lesquels il avait voyagé. L’innocence d’Enoh étant établie dans les faits et devant la loi, la question qui se pose aujourd’hui est donc celle-ci : l’Etat camerounais qui, des gendarmes aux policiers, du gouverneur de la région de l’Est au colonel Ngalibou, de journalistes sous solde au ministre de la communication du Cameroun, se sera engagé pour condamner un innocent saura-t-il le plus rapidement reconnaître qu’il a commis une erreur ? Il n’est jamais trop tard pour se rattraper, et seuls les imbéciles n’admettent pas qu’ils se sont trompés devant l’évidence de leur faute. C’est une preuve de grandeur d’ailleurs de rattraper ses fautes, oui c’est une preuve de noblesse. Car c’est simple en effet: ‘Enoh n’a rien à faire dans ce dossier. Il faut qu’il sorte de prison !’

Par Patrice Nganang

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