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Cameroun : Dérive - Universités d’Etat: Le danger de la tribalisation.

10 Juillet 2012 , Rédigé par afrohistorama, Toute l'histoire sans histoire

Cameroun : Dérive - Universités d’Etat: Le danger de la régionalisation.


 

 

Un constat amer

La femme qui parle dans un quartier de Yaoundé en ce dimanche 8 juillet 2012 est très amère quand elle déclare : « Les gens du Nord-là dérangent beaucoup. Ils veulent tout pour eux : l’entrée à l’Enam, à l’Ecole nationale supérieure de police, à l’Emia, à la faculté de médecine et des sciences biomédicales. Ils exigent que les quotas, 30% des effectifs dans ces grandes écoles soient des trois régions du Nord du pays ; Adamaoua, Extrême Nord et Nord. Ils dérangent beaucoup. Maintenant ils disent que l’université de Maroua, surtout l’Ecole normale supérieure où seuls leurs enfants doivent entrer et non ceux du Sud. Mais ils oublient que, avant l’université de Maroua, tous les Nordistes étaient formés au Sud à Yaoundé et les gens du Sud n’ont jamais dit un jour que l’université de Yaoundé est leur propriété privée où ne doivent que fréquenter leurs enfants. Maintenant ce sont eux qui profitent : ils sont à presque 100% à l’Ecole normale supérieure de Maroua et ils sont aussi présents à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé où on ne leur dit pas qu’elle ne recrute que les enfants du Sud. C’est eux qui profitent donc du système ou du régime Biya. Il faut voir ce qu’ils ont fait à Fame Ndongo le ministre de l’Enseignement lors du concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de Maroua à son ouverture il y a deux ou trois ans. Ils ont fait pression sur Paul Biya qui était obligé de désavouer le ministre de l’Enseignement supérieur en obligeant ce dernier à augmenter le nombre d’admis à cette grande école, essentiellement les enfants du Nord… Et on m’a rapporté que certains de ces enfants entrent au niveau II de cette école avec le bac au lieu de licence… »

La dame qui s’exprime ainsi est professeur des Lycées d’enseignement général (Pleg) sortie de l’Ecole normale supérieure de Yaoundé et enseigne dans un lycée de la place. Ses propos sont révélateurs de la mentalité des Camerounais dans leur ensemble et non à une région donnée comme veut le faire cette enseignante de français. Quand l’université de Yaoundé démarre en 1962, les étudiants viennent de tous les coins du Cameroun, francophones comme anglophones. Peu avant cette date on aura l’Ecole, camerounaise d’administration (Eca) l’ancêtre de l’Enam, l’Ecole normale supérieure, etc. C’est peu après que seront créés le centre universitaire des sciences de la Santé (Cuss-1968) par le professeur Gottlieb Lobé Monekosso, l’Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (Esijy) par le Français Hervé Bourges. Jamais les populations de la province du Centre qui a pour chef-lieu Yaoundé n’avaient et n’ont jamais fait des déclarations pour dire que toutes les universités et les grandes écoles qui sont installées sur leur sol les appartiennent. Et que leurs enfants doivent avoir la primauté sur les enfants des autres régions. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? La politique et le repli identitaire ont fait en sorte que quand on construit une université d’Etat dans une région, les originaires de cette région pensent que ce sont leurs enfants qui ont la priorité sur les enfants des autres régions.


II- Le cas du Grand Nord

Prenons par exemple le cas de l’Ecole normale supérieur de Maroua. Les originaires du Grand Nord ont considéré que comme ils ont un très grand retard par rapport au Sud en termes de professeurs de lycées ou de Ces, la création de l’Ecole normale supérieure étaient pour eux une occasion de se rattraper, c’est-à-dire former massivement des professeurs de lycée pour combler le retard qu’ils ont vis-à-vis du Sud du pays. Cela fait donc qu’en un temps record, on a formé des milliers de professeurs (la première cuvée de cette école a sorti de 4000 enseignants du secondaire). Le Grand Nord se plaignait que ses établissements d’enseignement secondaire n’avaient pas suffisamment d’enseignants parce que ceux qu’on affectait dans la région et qui étaient majoritairement originaires du Sud n’allaient pas souvent occuper leurs postes pour cause de conditions climatiques particulièrement rudes ou d’éloignement de leur région d’origine, le Sud du pays. Mais il y a quelque chose qu’on oublie assez facilement c’est que même du temps où Yaoundé formait les professeurs de lycée originaires du Nord, ceux-ci avaient tendance à travailler dans le Sud du pays, refusant ainsi de mettre leurs compétences à la disposition de leur région d’origine. Aujourd’hui le Grand Nord en déclarant que la priorité doit être donnée à ses enfants pour l’entrée à l’Ecole normale supérieure de Maroua mène une politique antinationale, régionale très dangereuse qui pourrait donner des idées à d’autres régions du pays. Pourtant s’agissant de l’université de Ngaoundéré et de ses grandes écoles, le Grand Nord n’a jamais dit (à moins que cela soit dit en cachette, sous cape) qu’il avait des droits sur cette institution d’Etat. D’où vient-il qu’aujourd’hui, il le dise à haute voix s’agissant de l’université de Maroua. Ce qui est amusant dans cette affaire c’est que la majorité des enseignants de l’université de Maroua, de l’Ecole normale supérieure et des autres grandes écoles de cette partie du pays sont originaires du Sud. Demain, le Grand Nord serait capable de demander à Paul Biya la création d’une autre Enam, d’une Emia, dans cette partie du pays oubliant que l’université de Maroua a des grandes écoles dont les spécialités n’existent pas au Sud comme par exemple l’institut du Sahel qui forment dans des filières d’ingénieries qui n’existent ni à Yaoundé, ni à Douala. En dehors de Maroua où existe-t-il dans le pays des filières sur l’énergie solaire ?


III- Le cas de l’Université d’Etat de Buea

Les Anglophones estiment que l’université d’Etat est leur propriété privée dans laquelle les Francophones n’ont pas de place. C’est encore là un faux débat. Avant la création de cette université, tous les étudiants originaires des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays convergeaient vers Yaoundé où il y avait l’université fédérale. La réforme universitaire de 1993 sous la houlette du professeur Titus Edzoa a fait que Douala, Ngaoundéré, Buea, Dschang aient des universités d’Etat et plus tard Maroua et Bamenda, capitale régionale de la région du Nord-Ouest anglophone. A Buea, les étudiants francophones sont assez nombreux surtout en lettres mais dans certaines disciplines comme la médecine, les sciences de l’infirmerie, ils ne veulent pas les voir, estimant que dans ces domaines la place des étudiants francophones est à Yaoundé, Douala, Ngaoundéré, Dschang, Maroua. Cette façon de voir les choses est-elle normale quand on sait que les établissements d’enseignement supérieur basés à Yaoundé comme la faculté de médecine et des sciences biomédicales continuent d’admettre en son sein des étudiants des deux régions anglophones du pays. Il faut le dire ici l’université d’Etat de Buea et ses différentes faculté est calquée sur le modèle, le système des grandes écoles n’existe pas. C’est pour cela que cette université délivre des licences, des masters en sciences infirmières. Demain, les anglophones pourront demander à Paul Biya de créer sur leur sol une Enam, une Emia, une école supérieure de police et autres.


Des revendications légitimes

C’est cette attitude des originaires du Grand Nord et de certains anglophones, leur discours qui fait en sorte que des régions comme l’Est et le Sud revendiquent leur université. Et même le Nord qui a pour chef-lieu Garoua dit que Paul Biya ne lui veut pas du bien. Le sud natal de Paul Biya et l’Est estiment que Biya les a oubliés. Ces régions ont déjà signifié au chef de l’Etat à travers des lettres et autres memoranda qu’il fait de la discrimination négative quand il donne l’université à certaines régions et en refusent à d’autres. Le manque de courage de Paul Biya a fait que des établissements d’enseignement supérieur privés s’installent dans ces deux régions. A Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est, l’Eglise Catholique romaine a créé une université, tandis qu’au sud du pays, il y a une école de médecine à Ebolowa. L’Etat du Cameroun doit favoriser le brassage des étudiants dans toutes les universités d’Etat du pays pour renforcer l’unité nationale. Non, les universités ne doivent pas être la chasse gardée des régions où elles sont installées ni l’otage des groupes de pression à caractère politique, ethnique ou autre.

 

Par Michel Michaut Moussala

Source : Aurore Plus

 

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